Karl von Eckartshausen et le témoignage du monde invisible

(Par Jsf - de Newsoftomorrow)

 

Les mystiques témoignent d’une réalité spirituelle qu’ils disent être notre réalité, mais cependant augmentée par une nouvelle perception qui est l’aboutissement d’une quête. Cette « révélation » à un monde de perceptions subtiles étant la « levée du voile » de l’illusion, ou encore l’aurore naissante chez Boehme et des alchimistes.

 

Cette nouvelle perception étant indescriptible, incompréhensible par la seule raison, la transmission de cette science se fait habituellement dans un cadre initiatique. D’autres parlent de filiation invisible, ou de philosophia perennis. Quoiqu’il en soit nous retrouvons dans la mystique rhénane et allemande une trace de ce témoignage de l’expérience spirituelle sous sa forme la plus pure : la réalisation permanente d’une conscience touchée par la grâce de l’illumination.

 

Pour évoquer ces autres mondes, correspondant à d’autres modes de perception, la tradition emploie le terme de cosmos. Boris Mouravieff dans « Gnosis, étude et commentaire sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale » écrit :

 

« L’Univers comprend une vaste échelle d’éléments partant de l’Absolu comme foyer de la vie allant, par de multiples ramifications, jusqu’à l’écorce extérieure, l’épiderme représenté par l’ensemble des satellites des planètes. » (T1, p.64)

 

Avant Mouravieff, Ouspensky chercha en 1920 à formuler dans Tertium Organum, en termes kantiens, ce que pourrait être une perception du monde à un degré supérieur d’évolution de conscience. Il remarquait l’incapacité pour l’homme de « rester conscient de soi » de façon prolongée, ces moments de conscience n’étant que des éclairs insaisissables traversant la personne à de rares moments de la vie, se fixant avec force dans sa mémoire, et dont il note donc :

 

 

« Nous ayant vus ou sentis nous-mêmes dans le monde en quatre dimensions, nous trouverions que le monde en trois dimensions n’a pas et n’a jamais eu d’existence réelle, qu’il était une création de notre imagination, un fantôme, un fantasme, un spectre, une tromperie, une illusion d’optique – enfin tout ce que l’on veut, sauf la réalité. »

 

Comme certains alchimistes qui auraient accompli le Grand Œuvre, Karl von Eckartshausen, selon Kirchberger et Charlotte de Boecklin « était après bien des travaux et des souffrances, parvenu au terme ». Son témoignage a donc une valeur rare et particulière.

 

Niklaus Anton Kirchberger qui relate cette réussite, a été étudié par Antoine Faivre dans « Kichberger et l’illuminisime du dix-huitième siècle ». Né à Berne en 1739, ami du théologien Lavater, proche de Jean-Jacques Rousseau dans sa jeunesse, qui le mentionne dans ses Confessions, il s’est intéressé à Leibniz avant de s’orienter vers Boehme et Gichtel sous l’influence de Saint-Martin.

 

C’est donc dans ce dix-huitième siècle que s’affrontent ou s’associent le rationalisme et la mystique ce qui donnera naissance à des pensées hybrides, qui cherchent une voie mixte, surpassant les deux autres, et s’inscrivant dans une tradition dont le noyau dur est peut-être composé d’un alliage puissant d’hermétisme, d’alchimie et d’occultisme. Au Moyen-Age, l’existence de cette tradition se remarque dans l’art gothique et par exemple dans un vitrail de la cathédrale de Laon, une rosace figurant les arts libéraux avec en leur centre, la philosophie. Dans les textes alchimiques, l’Art royal est décrit non pas comme « alchimique » mais « philosophique ». La réalisation du Grand Œuvre est d’ailleurs l’obtention dans le vaisseau de la Pierre Philosophale.

 

 

Ainsi il n’est pas étonnant de trouver chez les philosophes du dix-huitième siècle un intérêt pour cette tradition toujours vivante dans certains cercles, sous une forme plus ou moins corrompue. On sait par exemple que Karl von Eckartshausen fut membre des Illuminés de Bavière, avant de s’y dissocier à cause des motifs politiques de l’organisation.

 

Eckartshausen aura pendant sa vie écrit une centaine de livres, selon Antoine Faivre. Très peu ont été traduits en français. Les œuvres traduites les plus connues sont « Dieu est l’amour le plus pur » (1790) et « La Nuée sur le Sanctuaire ou Quelque chose dont la philosophie orgueilleuse de notre siècle ne se doute pas (1802) ». Ce dernier ouvrage est postérieur à un événement rapporté par Kirchberger, dans un lettre :

 

« Depuis le 15 mars 1795, il a reçu d’en haut diverses instructions ; mais il ne peut pas (ou ne veut pas ?) expliquer comment lui arrivent les mots nécessaires n’existant par dans la langue ».

 

Il est donc à nouveau question de l’incommunicabilité du spirituel sur le plan matériel. Eckartshausen écrit que la matière grossière « paralyse notre langue ». Nous avons vu avec Boehme que l’être spirituel est corrompu en raison du « gluten » dans le sang, ce qui dénote l’influence pernicieuse de la vie de l’homme sur l’esprit. L’homme est en effet prisonnier de la rigidité terrestre, de la sécheresse du monde sub-lunaire, qui comme la graine, le rend assoiffé des eaux qui sont représentées en alchimie par les « ondes » qui sont souvent comparées à l’Esprit Saint. La condition humaine est donc celle d’un enfermement ontologique, lorsque l’être réel est prisonnier d’une personnalité temporelle, qui comme la coque de la graine, le protège mais l’empêche également de se développer.

 

Il y a chez Eckarshausen des éléments hermétiques, mais qui clarifient les nombreuses doctrines théosophiques de son temps. Les thèmes de la Chute, de l’androgynat et de la réintégration sont abordés, mais de manière claire et pédagogique, comme dans « The Principles of Higher Knowledge » (1788) où il introduit souvent des éléments scientifiques dans ses explications. Il est fréquemment question du langage dans ce livre dont un chapitre est intitulé « Une langue sans mots ». Eckartshausen démontre que chacun entend les mots de manière différente selon son état de conscience et que communiquer des vérités spirituelles est une chose très ardue, qui demande un esprit critique développé et une capacité à rassembler ce qui est épars.

 

« Maintenant, de même que pour un homme qui n’a point d’organes, point d’yeux pour la lumière, la lumière n’existe réellement pas, lorsque cependant tous ceux qui ont cet organe en jouissent ; ainsi beaucoup d’hommes peuvent ne pas jouir de quelque chose dont d’autres peuvent jouir. je veux dire qu’un homme pourrait être organisé de telle sorte qu’il sentirait, entendrait, verrait, goûterait des choses qu’un autre ne pourrait sentir, ni entendre, ni voir, ni goûter, parce que l’organe lui manquerait.Ainsi, dans ce cas, toutes les explications seraient infructueuses ; car l’un mêlerait toujours les idées qu’il aurait reçues par son organe particulier avec les idées de l’autre, et il ne pourrait goûter et comprendre quelque chose qu’autant que cela s’approcherait de ses propres sensations. »

 

Karl von Eckartshausen accorde une grande importance à l’intellect ou le « mens », dans la démarche spirituelle, pour discerner le vrai du faux. C’est pourquoi il s’évertue notamment à expliquer le mystère des apparitions fantomatiques, et les faux miracles d’hommes malhonnêtes. Comme il le dit lui-même  « Chercher par soi-même ou être conduit sont deux choses totalement différentes. »

 

La démarche spirituelle assure à l’intellect une juste direction, mais l’intellect est seul capable d’analyser le monde afin d’en déceler les pièges. Ceci n’est pas contradictoire avec l’éloignement entre l’intellect et le divin relevé par Kant dans « Le conflit des facultés ». Mouravieff remarque d’ailleurs dans Gnosis :

 

« L’homme contemporain concentre ses efforts sur le développement et l’éducation du centre intellectuel. Tout est organisé en vue d’un perfectionnement méthodique, secteur par secteur. (…) Cependant, les ressources du centre intellectuel, qui permettent à l’homme de faire des miracles dans le domaine de la science positive, pure ou appliquée, sont limitées à cela. Les travaux de Kant et Virchow ont montré que le champ d’action de l’intellect humain est pour ainsi dire entouré d’un mur impénétrable. »

 

Selon Mouravieff, il existe donc un centre intellectuel inférieur, incapable d’entrer en rapport avec le sacré, mais il existe aussi un centre intellectuel supérieur, uniquement accessible par le centre cardiaque, par l’expérience intérieure. Il écrit :

 

« Les perceptions du centre intellectuel supérieur étant d’ordre transcendantal, les messages de ce plan de Conscience ne peuvent pas être exprimés dans un langage humain. »

 

Nous retrouvons cela formulé différemment dans le petit traité initiatique Hermès dévoilé de l’alchimiste Cyliani, paru en 1831.

L’Adepte y témoigne d’une vision où il lui fut expliqué que seule « l’âme » est impérissable, car liée à l’esprit céleste contrairement au corps qui a besoin du « médiateur » de l’âme. L’âme possède donc un degré de « réalité » supérieur à la nature terrestre. « L’homme est un composé triple ; son corps ou sa forme est animée d’une âme : celle-ci est la réunion de diverses forces à l’aide desquelles l’esprit régit sa forme ou la matière. L’âme est dirigée par l’esprit céleste qui est une émanation de l’action divine et par conséquent impérissable. »

 

Eckartshausen admire Kant justement pour avoir su démontrer que la raison demande à être éclairée par un élément extérieur.

 

« Est-ce que tout ce que donne la connaissance dans le temps et l’espace n’est pas relatif ? Est-ce que tout ce que nous pouvons nommer vérité n’est pas vérité relative?… On ne peut pas trouver la vérité absolue dans la sphère des phénomènes. »

 

La raison nécessite donc l’appui du divin par le médiateur de l’âme, c’est-à-dire le centre émotionnel cardiaque. Pour Eckartshausen : « La simplicité met le cœur dans une situation convenable pour recevoir purement le rayon de la raison et celui-ci organise le cœur pour la réception de la Lumière ».

 

« La philosophie de notre siècle élève la faible raison naturelle à l’objectivité indépendante ; elle lui attribue même une puissance législatrice ; elle la soustrait à une autorité supérieure ; elle la rend autonome et la divinise, en supprimant entre Dieu et elle tout rapport, toute communication ; et cette raison déifiée, qui n’a pas d’autre logique sa propre loi, doit gouverner les hommes et les rendre heureux !… »

 

 

A propos de ce rapport entre raison et mystique, comme le relève un article paru dans la revue martiniste « L’initiation » :

 

« Kant lui-même, dont les théosophes abhorrent la critique dissolvante, donne prise à des interprétations mystiques. »

« Nous lui sommes redevables, écrit Eckartshausen dans « La Nuée sur le Sanctuaire », d’avoir prouvé… que, sans révélation, aucune connaissance de Dieu ni aucune doctrine sur l’âme n’étaient possibles ; il a incontestablement prouvé que la raison dans son état naturel, ne sait rien du surnaturel, du spirituel et du transcendantal, et qu’elle ne peut rien connaître, ni analytiquement, ni synthétiquement, et qu’ainsi elle ne peut rien prouver , ni la possibilité, ni la réalité des esprits, des âmes et de Dieu. »

 

Kant lui-même s’est penché sur l’œuvre d’Emmanuel Swedenborg, et a écrit « Les songes d’un visionnaire expliqués par les songes de la Métaphysique. Cette œuvre de Kant prolonge la vision de Swedenborg en avouant l’impuissance du rationalisme quant aux vérités métaphysiques et à son impossibilité d’entrer en relation avec le monde des Esprits ».  

 

Eckartshausen insiste suffisamment sur le fait que l’homme vit dans les ténèbres mais que la raison lui révèle une nature supérieure en sommeil, et il affirme que c’est dans le cœur que « l’église intérieure » doit être bâtie. Cette union des contraires, des facultés émotionnelles et intellectuelles, sont dans l’alchimie représentés par le combat du soufre et du mercure, donnant naissance à un nouvel être, un nouveau-né baignant dans le monde spirituel, transfiguré par la luminosité du Réel. Curieusement, la thèse d’Eckartshausen rejoint celle de Mouravieff à propos du « centre intellectuel supérieur ». Eckartshausen parle d’un « œil » disposé à percevoir cette lumière, mais qui depuis la chute des sens est fermé. 

 


Le Sanctuaire est obscurcie par une Nuée, d’où le sommeil de l’âme, condition humaine représentée dans l’Antiquité, selon Mark Hedsel dans « The Zelator », par le sortilège dont est victime Endymion. Eckartshausen note :

 

« Plusieurs forces peuvent dormir en nous pour lesquelles nous n’avons point d’organes, et qui par conséquent ne peuvent pas agir. », et plus loin « Homme naturel !… renonce à tes dernières forces, ton combat même annonce la nature supérieure qui sommeille en toi… Tu pressens ta dignité, tu la sens même ; mais tout est encore obscur autour de toi, et la lampe de ta faible raison n’est pas suffisante pour éclairer les objets auxquels tu devrais tendre »

 

L’être humain est de ce fait double, composé d’une nature terrestre doté d’un centre intellectuel, c’est inférieur, et d’une nature céleste dotée d’un centre intellectuel supérieur. La nature terrestre est donc frappée d’un degré supérieur de subjectivité et méconnaît la réalité, tandis que la nature céleste est seule capable de voir les choses « comme elles sont ».

 

« C’est ainsi que deux natures contradictoires sont renfermées dans le même homme. La substance destructible nous lie toujours au sensible ; la substance indestructible cherche à se délivrer des chaînes sensibles et cherche la sublimité de l’esprit. (…) On doit chercher la cause fondamentale de la corruption humaine dans la matière corruptible de laquelle les hommes sont formés. Cette matière grossière opprime en nous l’action du principe transcendantal et spirituel, et cela est la vraie cause de l’aveuglement de notre entendement et des erreurs de notre cœur. »

 

Eckartshausen se sert de la théorie kantienne des phénomènes et des noumènes pour décrire les trois étapes nécessaires pour ouvrir l’organe de la vue spirituelle, qu’il nomme « sensorium ».

 

La première étape « ne nous élève que jusqu’au plan moral, et le monde transcendantal y opère en nous par des impulsions intérieures, appelées inspirations. »

La seconde étape « plus élevée, ouvre notre sensorium pour la réception du spirituel et de l’intellectuel, et le monde métaphysique œuvre en nous par des illuminations intérieures. »

La troisième étape : « le plus haut degré – le plus rarement atteint – ouvre l’homme intérieur tout entier. Il nous révèle le Royaume de l’Esprit et nous rend susceptibles d’expérimenter objectivement les réalités métaphysiques et transcendantales ; de là, toutes visions sont expliquées fondamentalement. Surgissant du monde corruptible où l’homme prétendait recevoir une apparence de la lumière (souvenons-nous qu’il n’en appréhendait qu’un simple rayon), il se positionne pour échapper à sa dégradation et ainsi connaître le monde de l’incorruptible ».

 

« Avec le développement de ce nouvel organe, le rideau est levé tout d’un coup ; le voile impénétrable jusqu’alors est déchiré, la nuée devant le sanctuaire est dissipée, un nouveau monde existe tout d’un coup pour nous ; les taies tombent des yeux et nous sommes aussitôt transportés de la région des phénomènes dans celle de la vérité »

 

Cette voie ne saurait être menée à son terme sans une harmonie intérieure capable de « résonner » avec un monde subtil invisible et dont l’existence est seulement supposée par l’inspiration. Comme il le dit dans « The Principles of Higher Knowledge »,

 

« L’harmonie est omniprésente dans le Tout, mais les oreilles du commun n’entendent pas ces sons. C’est à cause du bruit du monde et du raffut des scientifiques et des philosophes. Dans une paisible solitude et lors des heures nombreuses de la nuit, lorsque notre Ame monte vers Dieu, résonne le son de la sagesse du Tout harmonieux de la Divinité. Vous n’entendez pas ces sons à cause de la confusion des Êtres Humains et les tempêtes de la passion. »

 

C’est une mystique de la « vision de la lumière » que traduit dans ses œuvres Eckartshausen :

 

 

« Nous possédons une lumière qui nous oint et par laquelle nous entendons le plus caché et le plus intérieur de la nature. Nous possédons un feu qui nous nourrit et nous donne la force pour agir sur tout ce qui est dans la nature. Nous possédons une clef pour ouvrir les sources des mystères et une clef pour fermer le laboratoire de la nature »

 

Ainsi, en étant « oint » par la lumière, et en ayant « ouvert leur sensorium », la place de médiateur entre le monde spirituel et matériel est donc toute naturelle.

 

« Tout objet sensible requiert son sens. C’est ainsi que l’objet transcendantal requiert aussi son sensorium, – et ce même sensorium est fermé pour la plupart des hommes. De là l’homme des sens juge du monde métaphysique comme l’aveugle juge des couleurs, et comme le sourd juge du son. »

 

Eckartshausen témoigne de l’expérience d’une communauté spirituelle d’individus ayant « réussi » l’initiation permettant de pénétrer dans ce monde spirituel où la vie foisonne. Cette « Société des Élus » ou « Église intérieure » serait dispersée dans le « petit monde » mais rassemblée dans « l’autre monde ».

 

Il écrit dans « La nuée sur le Sanctuaire » :

« Cette communauté de la lumière possède une École dans laquelle l’Esprit de Sagesse instruit lui-même ceux qui ont soif de la lumière ; et tous les mystères de Dieu et de la nature sont conservés dans cette école pour les enfants de la lumière. La connaissance parfaite de Dieu, de la nature et de l’humanité, sont les objets de l’enseignement de cette école. C’est d’elle que toutes les vérités viennent dans le monde ; elle était l’école des prophètes et de tous ceux qui cherchent la sagesse ; et il n’y a que dans cette seule communauté qu’on trouve la vérité et l’explication de tous les mystères. Elle est la communauté la plus intérieure et possède des membres de divers mondes ; voici les idées qu’on doit avoir d’elle. De tout temps, l’extérieur avait pour base un intérieur duquel l’extérieur n’était que l’expression et le plan. »

 

De cette « Communauté de Lumière » qui ne constitue pas une société secrète, Eckartshausen témoigne avoir reçu dès 1792 un enseignement qui lui aurait été dispensé par un homme « plein de sagesse et de bonté ».

 

« On ne doit se représenter, par cette communauté, aucune société secrète se rassemblant dans de certains temps, se choisissant ses chefs et ses membres et se fixant certains buts. Toutes les sociétés, quelles qu’elles soient, ne viennent qu’après cette communauté intérieure de la Sagesse ; elle ne connaît aucune des formalités qui sont l’ouvrage des hommes. Celui qui est mûr s’ajoute à la chaîne, peut-être, souvent quand il s’en doute le moins. Chercher à atteindre la maturité doit être l’effort de celui qui aime la Sagesse. Dans cette communauté sainte est le dépôt originel des sciences, les plus antiques du genre humain. Elle unit à ses propres forces supérieures, et comprend des membres de plus d’un monde. »

 

Ces expériences semblent l’avoir marqué au point où il entra à la fin de sa vie dans une nuit noire de l’âme, qui n’est pas sans rappeler l’expérience de Jung relatée dans son Livre Rouge. Notre théosophe munichois « voyait alors son passé sous les traits les plus noirs : ce qu’il avait fait de bien se présentait comme de la faiblesse, ce qu’il avait fait de juste, comme de l’égoïsme ; sa douceur même n’était plus qu’un trait caractériel ». Il surmonta finalement cette épreuve et alors réapparurent, vers la fin de sa vie en 1802, « les vérités qui lui avaient été montrées ».

 

Ces vérités sont sans doute celles qu’il résume au commencement de « La Nuée sur le Sanctuaire » :

 

« L’oeil intérieur de l’homme, c’est la raison, potentiahominis intellectiva, mens. Si cet œil intérieur est éclairé par la lumière divine, alors il est le vrai soleil intérieur, par lequel tous les objets viennent à notre connaissance.Tant que la lumière divine n’éclaire pas cet œil, notre intérieur vit dans les ténèbres.

 

L’aurore de notre intérieur commence quand cette lumière se lève. Ce soleil de l’âme éclaire notre monde intellectuel, comme le soleil extérieur éclaire le monde extérieur. Comme, au lever du soleil extérieur, les objets du monde sensible nous deviennent peu à peu visibles ; ainsi, au lever du soleil spirituel, les objets intellectuels du monde spirituel ou raisonnable viennent à notre connaissance. »

 

L’intérêt d’Eckartshausen est comme je l’ai survolé brièvement un témoignage de la réalité spirituelle dont il a fait expérience, mais aussi un regard et un langage différent pour transmettre cette connaissance, dont la logique semble contraster à la fois avec les écrits mystiques classiques et à la fois avec l’obscurité de la langue des oiseaux alchimique. Le processus de l’initiation est donc explicable en termes philosophiques, en termes biologiques si le développement du « sensorium » correspond à un certain fonctionnement cérébral, et même en terme physiques puisque la « Théorie du Tout » recherchée par la science implique l’introduction de dimensions supplémentaires. Néanmoins c’est toujours sur l’inconnaissable, l’incréé, l’ungrund de Boehme, que repose l’expérience du Mystère.

 

Enfin, prophétiquement, Eckartshausen annonce :

 

« Bientôt la nuit obscure de la langue des images disparaîtra, la lumière engendrera le jour, et la sainte obscurité des mystères se manifestera dans l’éclat de la plus haute vérité. La lumière de la nature, la lumière de la raison, et la lumière de la révélation s’uniront. »

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Roquecave V (samedi, 18 février 2017 16:39)

    Bonjour, bien heureuse d avoir lu ces commentaires sur la Nuee, car j aie moi aussi, recue deux messages, d etres qui me disaient etre La Nuee, et ne connaissant pas le phenomene, j avais besoin de confirmation pour ces messages. bien cordialement MVR.