Muriel en langage des oisons - par Muriel

Suite à l'extrait de la vidéo de Patrick Burensteinas (« Les témoins des possibles... ») concernant le prénom Muriel.

 

Je me régale chaque fois que j'écoute un « spécialiste » du langage des oiseaux-oisons. Ce langage est un jeu de piste ludique vers des compréhensions subtiles, je ne suis pas toujours très douée pour décoder ce que je dis, ce que j'entends au quotidien, mais c'est très amusant de s'y essayer. Et quelle surprise à la 45ème minute de la vidéo quand il « décortique » le prénom Muriel dans le langage des oiseaux et la symbolique des lettres de l'alphabet.

 

Presque tout ce qu'il a dit m'a percutée, non comme un uppercut, ce n'était pas douloureux du tout, c'était une invitation à une compréhension des petits cailloux blancs rencontrés depuis peu sur mon chemin....

Dans la vidéo, il s’adresse donc à une personne du public qui se nomme Muriel :

 

« un seul L ? on vous a coupé l'aile quoi ! 

 

M c'est la création,

U c'est se remplir de.

R c'est le souffle, d'ailleurs on a vu cet élément, et ça me fait le mot rire R.I.R.E, le I c'est l'unité, le point est sa manifestation, divin, qui vient de I, R.I.R.E, le souffle de l'unité qui souffle dans le monde, donc vous avez intérêt à rire tout le temps.

I derrière c'est l'unité.

E c'est le monde.

L c'est le mouvement dirigé.

 

Alors ça commence par le M. le M c'est la mère, c'est la création, c'est à dire il faut que je m'entoure quoi. Donc c'est le genre je fais des enfants pour moi, et pas pour eux, c'est un exemple hein (...) mais cette musique qu'on entend c'est : les autres autour de moi me remplissent, alors c'est pas forcément des enfants, ça peut être une entreprise.

Mais j'ai besoin de me remplir de quelque chose, il faut pas me trahir hein, par contre je suis capable de tout donner pour les gens, mais s'ils partent alors là c'est très difficile, et c'est là qu'il peut y avoir un problème avec les enfants, c'est qu'on fait pas des enfants pour nous, mais on les fait pour eux, et qu'à un moment il est parfaitement normal qu'ils s'en aillent. Mais ça veut dire que s'ils remplissent un trou, quand ils partent, il reste encore une fois que le trou ! 

 

Donc avant d'avoir une relation avec quelqu'un il faut d'abord être complet. Et pas se remplir de l'autre, ça c'est que les lettres nous racontent.

Et derrière, on a le souffle, la deuxième partie du nom R.I.E.L. c'est le souffle de l'unité qui va dans le monde et qui me libère.

 

Donc on voit la première partie, tant que j'ai pas réglé ce problème de M, de création, tant que j'ai pas compris que je peux créer des choses, que les gens peuvent être loin de moi mais quand même associé. C'est mieux de dire associé que lié, vous savez c'est dangereux d'être attaché à quelqu'un, on entend les mots, à ce moment-là, c'est comme un boulet un peu, je suis très attaché, vous vous rendez compte, c'est quasiment être attaché avec une pierre au cou !

On doit avoir une relation, un échange avec quelqu'un, mais être attaché c'est toujours très dangereux.

 

Donc la clé ça va être, je bâtis des choses, je construis quelque chose, et le summum de l'épreuve c'est, maintenant je le transmets et je le donne, je libère et je fais partir. Alors là si je le fais, le souffle se manifeste et là c'est le bonheur total, je suis libre, j'ai construit, j'ai pas abandonné et je peux continuer mon chemin. 

 

Ça peut être lié aussi au pardon. Pardonner, c'est par-donner, c'est donner une part.

Ça ne veut pas dire que tout est excusable, loin de là, mais ça veut dire qu'il faut pardonner, ne pas pardonner ça veut dire, c'est continuer à mettre de l'énergie dans quelque chose.

Vous savez : on est séparé de quelqu'un mais ça veut pas dire que le lien est coupé, ça veut dire que l'énergie circule en permanence. A un moment il faut couper, c'est nécessaire. Alors voilà ce que nous dit le prénom...

 

En gros ce que des enfants pourraient dire c'est « on t'aime mais lâche nous quoi, laisse nous un peu continuer notre chemin ! », par contre la relation que je pourrais avoir avec des enfants... Quand la mère a plein de soufre, et qu'elle sait pas trop quoi en faire, si elle a un enfant sous la main de préférence une fille, elle va dire c'est génial, parce qu'il y a un lien entre nous, mon soufre au lieu de le garder, je vais lui donner finalement.

C'est à dire je vais l'empêcher d'agir, quand l'enfant veut de faire quelque chose...

C'est pas forcément ce que vous faites, mais c'est peut-être ce qu'on peut avoir vécu hein.

C'est à dire que la mère nous donne plein d'émotions et puis ça l'arrange drôlement, sauf que l'enfant il en prend, il se remplit, il se remplit, puis à force de se remplir, il va faire toutes les maladies rouges, inflammations, éruptions, brûlures. Forcément puisque c'est volcanique ce qui va sortir.

 

A un moment, la fille elle en peut plus, elle coupe le lien, alors la mère elle reprend dans la figure et ça lui fait pas plaisir du tout, parce que il n'y a plus de poubelle.

Alors elle va essayer de rattraper, l'hameçon là, j'en ai attrapé une belle, elle va faire « ah ben je peux bien mourir tu t'en fous », et elle va rajouter « j'ai tout fait pour toi, j’étouffais pour toi » ! Alors si on dit ouais bon ça va, ça va une fois, hop ça y est c'est foutu ! Elle va dire « ah je te préfère maintenant, je sais pas ce que t'avais fait avant mais tu étais bizarre ».

 

Donc la Muriel peut être engluée un peu dans ces liens, mais à l'origine c'est une bonne mère, à l'origine elle va s'effacer pour que les autres fassent quelque chose, c'est la bonne copine aussi, on l'invite parce qu'elle rassemble mais pas forcément pour elle ! Et il y a un moment et ben il va falloir rompre ces liens là puis continuer son chemin....

Continuez votre chemin ! Ça correspond à quelque chose pour vous ? ».

 

La retranscription d'une conférence vidéo, même un court extrait, est un exercice qui pourrait n'être que fastidieux, mais qui pour moi, a été une façon encore plus profonde de m'imprégner de ce qui a été dit et de faire vibrer la « caisse de résonance ». Et elle a vibré, ce n'est rien de le dire, parce que là quand même j'en étais presque tombée de ma chaise, il venait, à peu de choses près, de parler de mon parcours de fille avec ma mère, et de moi avec Léo comme s'il nous connaissait :-)

 

Quand vous avez publié le dernier témoignage que j'ai écrit (Retours suite au cahier n°2), je l'ai relu, et j'ai buté sur cette phrase : « ...Muriel, un prénom qui m'a été donné pour prolonger une relation entre une petite fille et ma mère, antérieure à ma naissance, et que je n'ai jamais réussi à faire totalement mien, même si je le trouve joli et qu'il ne me dérange plus aujourd'hui, au contraire il m'enseigne... ».

Et « Muriel » a commencé à tourner en boucle dans ma tête... Quelques jours après, en partant travailler tôt le matin, il s'est passé une drôle de chose. 

 

A cette époque de l'année je pars à peu près à l'heure où le soleil va se lever, je parcours environ 15mn de route de campagne que je connais par cœur. Ce matin là, à mi-chemin, la lumière du jour m'interpelle, ce n'est pas comme d'habitude, la lumière  s'est intensifiée d'un coup, pas graduellement comme lors d'un lever de soleil classique.

Je ralentis regarde les bords herbeux de la route, les arbres, les quelques maisons, les prairies... il n'y a plus de couleurs ! Ou plutôt, je suis comme plongée dans un paysage sépia, comme dans une vielle photo jaunie, ancienne.

 

Je ralentis encore, je compare un pré avec celui d'en face, vérifie qu'il y a bien les fils électriques qui longent la route... Je m'assure de ne pas me raconter d'histoires. Je suis bel et bien, sur quelques kms, plongée dans une atmosphère « sépia ». Même le ciel est blanc-écru, légèrement brumeux. Puis j'arrive chez le monsieur chez qui je travaille une partie de la matinée, le doyen de 94 ans, l'ancien. Mais je ne fais aucun lien. Heureusement ça arrivera plus tard, et comme je travaille à temps partiel, j'aurais tout le reste de la journée pour un autre « travail ».

 

Dans l'après midi je fais l'inventaire : mon prénom sur lequel je bute à nouveau, la couleur sépia en allant chez le doyen du village... le passé de cette existence que je croyais pourtant bien « nettoyé » me rappelle à lui, mon prénom lié à une partie de l'histoire de ma mère me demande un petit plongeon dans les émotions que tout cela suscite.

 

J'ai reçu ce prénom Muriel parce que quelques années avant ma naissance ma mère a travaillé pendant deux ans au sein de la famille Desjardins (Arnaud et Denise Desjardins). Elle était employée pour s'occuper de leur fille Muriel qui avait deux ans. La relation qui s'est installée entre elles a fait que ma mère a décidé que si elle avait une fille un jour elle l'appellerait Muriel... et je suis née. J'avais bien fait quelques recherches sur Arnaud Desjardins  pour en apprendre plus sur sa fille, mais rien n'aboutissait. Cet après midi là j'ai décidé que  je trouverai, et j'ai trouvé !

 

Muriel Desjardins s'appelle depuis plusieurs années Massin du nom de son mari Christophe Massin, psychiatre et psychothérapeute. Elle est peintre et a un site internet à son nom que j'ai visité parce que je voulais voir son visage. Je l'ai longuement regardée et j'ai retraversé plein d'émotions, des larmes, comme des regrets (tiens, je certifiais que je n'avais plus jamais aucun regret de rien …!). J'aurais juré avoir mis au jour toutes ces émotions liée à mon enfance, l'histoire de mon prénom, ma mère. Il faut toujours se méfier de ses certitudes... ce qu'elles cachent.

 

Sans certitude, si je m'amuse au langage des oisons, j'entends études cerclées : « j'ai bien étudié la question, la boucle est bouclée, n'en parlons plus ! ».  Mais si on ne s'y enferme pas, les choses remontent à la surface de la conscience quand on y est prêt, j'étais prête.

 

C'est ainsi que j'ai pu donner une part (pardonné), la part de compréhension de cette femme, ma mère, qui n'ayant pas eu elle-même cette reconnaissance dans le regard de sa propre mère ne pouvait qu'idéaliser une relation « mère-fille » avec une enfant qui n'était pas la sienne, et dont sa propre fille plus tard, réceptacle de cette idéalisation, ne pouvait évidemment pas répondre à ses attentes, n'étant pas « l'autre ». Et puis la part de compréhension du pourquoi pendant une partie de mon enfance j'étais si intimement persuadée d'avoir été adoptée, et j'attendais fermement qu'on me le dise enfin puisque j'étais prête à l'entendre.

 

(Petite anecdote en passant, il y a un point commun entre Muriel Desjardins-Massin et moi, elle vit avec un Christophe, thérapeute, et Georges et moi avons un ami , celui là même qui m'a « orientée » vers le site Dialogue avec notre Ange il y a deux ans, en me conseillant bien de lire les dialogues dans l'ordre chronologique , ce que je n'avais pas fait, je l'ai déjà raconté... Cet ami s'appelle Christophe et il est également thérapeute, une belle synchronicité !)

 

Je me suis donnée une part aussi, celle de la compréhension de ma difficulté d'être une mère qui transmet, donne, puis libère son enfant de tout attachement comme l'explique Patrick B.

Sur plusieurs générations il s'est transmis des valises de soufre de mères à filles aînées. Et j'ai très vite compris avec Léo que ce n'était pas parce que j'avais un garçon que ça me ferait automatiquement échapper à la reproduction d'une partie de ce vieux schéma. Bien des fois je me suis vue ou entendue avec Léo et je ne me reconnaissais pas, je voyais ma mère...

Et je me débattais dans des colères terribles au point de décider, il y a une douzaine d'années, de faire une thérapie, qui a duré six mois, avec une femme (il fallait que ce soit une femme) qui m'a aidée à faire la part des choses dans tout ce soufre-rance. Au point où j'en étais à l'époque je me sentais dans un tel état d'urgence  qu'il me fallait une aide. Et d'ailleurs j'avais le choix entre deux femmes thérapeutes que je connaissais, et je n'arrivais pas à me décider, jusqu'à ce que je prenne une carte routière. L'une vivait à environ 90km mais la route était « tortueuse », des petites départementales, des traversées de villages. L'autre vivait plus loin, un peu plus de 150km dont une dizaine de route de campagne que je connaissais bien et ensuite que de l'autoroute. J'ai choisi la ligne droite ! Et je ne l'ai jamais regretté.  

 

Aujourd'hui il y a  moins de « soufre-en-ce moi », j'ai aussi appris à accueillir (je ne cesse d'apprendre!). Léo, sans en avoir conscience a toujours fortement appuyé sur tous les boutons qui font mal. Courageux de sa part ! Parce que j'ai été par moment, dans sa petite enfance, une mère « dragonnesque ». Le dialogue est néanmoins toujours ouvert et l'honnêteté de mise.

 

Par exemple il est à l'âge où il veut une moto, quand il a commencé à nous en parler l'automne dernier je lui ai opposé un non ferme et définitif, on n'a pas l'argent, il est trop jeune, c'est dangereux, c'est bientôt l'hiver... Non non non !

 

Il est entré en réaction, a commencé à me mettre une pression folle... Je vous laisse imaginer les soirées conflictuelles que ça a généré et au milieu desquelles Georges essayait tant bien que mal d'arbitrer le combat de boxe verbal :-)

 

Et puis un jour, je lui ai demandé de s’asseoir et de m'écouter, et j'ai tout déballé : les peurs qui ne sont pas forcément les miennes, qu'il ait un accident, qu'il finisse en chaise roulante ou pire, que j'avais perdu des amis en moto quand j'étais jeune. Que surtout ces peurs n'étaient pas de moi, mais d'une partie de moi, que l'autre partie avait fondamentalement confiance en lui, mais  ce n'était pas toujours celle qui parlait le plus fort, que ça générait des conflits en moi qui finalement n'avaient rien à voir avec lui. Alors je me suis engagée, il aurait une moto, je lui demandais juste quelques semaines pour me laisser le temps de « soigner » ces peurs , de leur « parler » en quelques sortes. Il a compris, accepté d'être patient, et on en parle régulièrement dans un climat nettement plus paisible. Dans deux semaines il passe le brevet de sécurité routière, puis on se mettra en quête d'une moto d'occasion. La voix de la confiance devient plus affirmée, il n'y a plus de pression, plus de conflit. C'est impossible pour lui de vivre ses expériences sous le contrôle permanent de « sa toute puissante mère », qui n'a de puissantes que ses peurs de le lâcher... J'ai bien conscience que les épreuves ne sont pas terminées, tellement de peur-sonnages encore en moi ...

 

[ ...Donc la Muriel peut être  engluée un peu dans ces liens, mais à l'origine c'est une bonne mère, à l'origine elle va s'effacer pour que les autres fassent quelque chose, c'est la bonne copine aussi, on l'invite parce qu'elle rassemble mais pas forcément pour elle ! Et il y a un moment et ben il va falloir rompre ces liens là puis continuer son chemin....Continuez votre chemin ! Ça correspond à quelque chose pour vous ? ».... ]

 

J'ai eu à défaire des liens, dé-fer, enlever les fers, ceux que je posais, et ceux que je consentais à  « subir ». J'aurais encore à couper des liens. Le plus difficile c'est avec les personnes avec qui l'ont vit... Je ne suis ni reposante, ni confortable je l'admets. J'ai déjà eu envie de m'éloigner, pour que les autres (Georges, Léo) respirent plus facilement, donc pas pour moi ! Le travail le plus ardu est de vivre ensemble le quotidien en étant libres les uns des autres, et en faisant vivre cette liberté.

 

[...M c'est la création, U c'est se remplir de. R c'est le souffle, d'ailleurs on a vu cet élément, et ça me fait le mot rire R.I.R.E , le I c'est l'unité, le point est sa manifestation, divin, qui vient de I , R.I.R.E, le souffle de l'unité qui souffle dans le monde, donc vous avez intérêt à rire tout le temps. I derrière c'est l'unité. E c'est le monde. L c'est le mouvement dirigé...]

 

Et pour terminer, Il a raison Patrick Burensteinas  le rire, l'humour c'est un outil formidable pour prendre un peu de recul et m'observer dans toutes mes gesticulations émotionnelles. Ce n'est pas de l'autodérision ou de l'auto-dévalorisation, c'est juste une vue globale de la scène sur laquelle je joue tous ces jeux de rôles, et j'arrive parfois à en rire. Et après, rentrée dans ma loge, à l'intérieur de moi, le miroir de ma conscience me renvoie le reflet de ces masques, qui ne sont rien d'autre que ça : des masques, et je retourne chaque fois un peu plus vers mon êtreté.

 

 

Nb : C'est beau les synchronicités... Un ou deux jours après avoir écrit ce texte, je découvre le témoignage de Johannes et Emma (L'initiation de la Bête). Nous nous étions vraisemblablement posés la même question du pourquoi nous écrivions et témoignions sur le Réseau Léo, et je m'étais souvenue de Don Juan expliquant à Carlos Castanéda ce qu'était la récapitulation... Et Johannes met l'extrait en préambule de son texte :-)

 

Bon cheminement toujours à tous.

Muriel

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