9. Résumé de "Amazing Grace" de Laura Knight, ch.14, partie 1

 

Ch.14, Pearls in the oyster (Perles dans l’huître)

 

En 1973, la veille de Noël, Laura et Grant allèrent dîner au restaurant. Quelques temps auparavant, Grant lui avait annoncé qu’il allait très prochainement divorcer une bonne fois pour toutes. C’est dans ce contexte que Laura commence à relater cette éprouvante période de sa vie :

 

Son divorce le déprimait terriblement. Lors du dîner, Grant semblait désemparé du fait que son petit garçon n’ait pas encore réalisé que c’était le dernier Noël qu’il passerait au sein d’une famille encore réunie, et que cette fête était donc d’ores et déjà terminée. Je pensais à mon propre père et à comment je l’avais attendu, de façon désespérée, pour qu’il m’emmène loin de la vie que je partageais avec ma mère. Je me souviens être descendue dans la rue, tenant sa main avec mes grosses bottes bruyantes. Je me sentais si spéciale ! Mon cœur souffrait pour toutes ces personnes [qui avaient été éloignées de leurs parents]. La culpabilité m’étouffait presque.

 

J’avais demandé à Grant de ne pas faire cela. Nous devions être assez fort pour mettre de côté nos propres envies dans l’intérêt d’autres personnes qui, elles, étaient innocentes. Mais lorsque je le lui faisais maintenant remarquer, il se sentait encore plus déprimé et morose car, disait-il, je ne lui “apportais pas tout mon soutien”. Je ne pouvais gagner à ce jeu.

 

Ma culpabilité grandit jusqu’à ce qu’elle prenne l’ampleur d’une sensation puissante d’irréalité qui se refermait autour de moi, me séparant de toutes les autres personnes qui se trouvaient autour de nous ; les nombreuses tables et les personnes qui y étaient assises, parlant, mangeant, rigolant, les serveurs s’animant, la musique, le bruit de la vaisselle et des couverts... Je ne pouvais plus entendre la voix de Grant ! J’étais transportée en arrière dans le temps, j’étais une petite fille qui attendait que son père rentre à la maison et qu’il l’enlace. Mais mon père ne rentrait jamais.

 

Les enfants ont tendance à se culpabiliser pour l’absence d’un parent qui leur est cher. Ils prennent le rôle d’un ‘porteur de pêché’, de responsable, pour toute leur famille. Toute leur culpabilité devient la leur à eux seul. Je me sentais donc coupable. Et maintenant, je me sentais même doublement, voire triplement coupable.

 

Grant dut se rendre compte de ma distance et changea sa tactique pour attirer de nouveau mon attention. Maintenant, il semblait heureux d’être avec moi, me regardant de l’autre côté de la table avec ses yeux brillants, d’une façon profonde, sensuelle, presque empreint d’une intensité surnaturelle. J’avais l’impression d’écouter ‘quelque chose’ parler qui n’était quasiment pas humain. Je me sentis confuse et essaya de détourner le regard à maintes reprises, mais je fus répétitivement ramenée à ses yeux comme si ces derniers étaient des aimants puissants auxquels je ne pouvais résister.

 

Il me semble, en réalité, qu’il y avait deux parties en moi. Dans les premiers mois de notre relation, même lorsque j’étais persuadée que j’étais amoureuse et que j’avais annoncé à mes grands-parents que nous souhaitions nous marier, j’avais encore quelques réserves : une partie inviolée et réservée de moi-même. Même lorsque Grant répétait que “c’était le destin”, que “c’était notre destinée d’être ensemble”, j’avais toujours pris du recul concernant ses propos. Lorsqu’il avait énuméré les étranges choses synchrones qu’il interprétait comme étant des “signes de Dieu” et que nous étions des âmes-sœurs, j’avais toujours un petit doute qui venait me chatouiller l’esprit. Par ailleurs, Grant me demanda de trouver une explication aux coïncidences frappantes suivantes : son prénom était un anthroponyme traditionnel dans ma famille et son numéro d’identification militaire était le même que le numéro de téléphone de mon grand-père. Et évidemment, la ‘preuve irréfutable’ : il était Polonais.

 

Ces deux parts de moi entraient maintenant en conflit ouvertement sous le prisme de cette culpabilité débordante et massive. J’étais engloutie par une “poussée” intérieure d’images et de sensations différentes. Je pouvais m’en aller maintenant et me noyer dans ma culpabilité, ou alors je pouvais céder et être en paix. Au loin, je ressentis un bref écho de ma résistance éprouvée juste auparavant : “Non ! Danger !”. Mais, une fois de plus, je balayais cela sous le tapis à cause de l’intensité du regard hypnotisant de Grant.

 

Pénétrant profondément dans mon propre regard il me dit : “Je n’ai jamais vu d’aussi beaux yeux.”

 

Oui, un espoir de rédemption ! Je me rendis compte que Grant avait payé le prix fort pour m’aimer. Il avait sacrifié sa famille. La seule façon de nous sauver tous les deux était que je m’abandonne à lui, corps, âme et esprit. Au moment où je cédai, ma culpabilité fut immédiatement soulagée et je ressentis la profonde conviction que ce que nous avions fait était juste, que c’était en effet une ‘Grande Destiné’ qui avait fait que nous étions désormais ensemble.

 

Nous n’avions rien à envier à Roméo et Juliette ! Héloïse et Abélard étaient des amateurs en amour !

 

À cet instant, tous mes sens s’activèrent dans ce tohu-bohu de sons, d’odeurs, de couleurs, et de mouvement dans la pièce autour de moi. J’avais des sensations de fourmillements dans la peau et me sentais plus en vie que je ne l’avais jamais été jusqu’à lors. Tout était imprégné par la consécration de l’amour, et j’étais remplie de fierté et d’émerveillement d’être si privilégiée. Je me sentais renaître, à l’aise et calme. Des émotions coulaient à travers moi, maintenant animées par un nouveau but et un nouvel état d’être que je n’avais jamais expérimenté. Tout était devenu un sacrement de beauté et je regardais Grant avec admiration, éprouvant de l’enthousiasme et de la passion ; je n’avais jamais ressenti ça jusqu’à présent !

 

Grant avait secouru la 'Princesse dans la Tour’. Et une princesse paie toujours ses dettes : généralement avec son cœur.

 

Quelques mois plus tôt, Laura avait fait la rencontre d’une jeune fille qui travaillait dans une maison de retraite juste à côté d’où ses grands-parents habitaient. Elle s’appelait Paula, était très intelligente et vive. Instantanément, comme mues par quelque chose de naturel, elles devinrent amies. Pour revenir donc à cette fameuse veille de Noël de 1973, à l’instant où Laura et Grant quittèrent le restaurant, ils entendirent un coup de klaxon cinglant ; c’était Paula ! Et étant donné que Paula n'avait personne pour lui tenir compagnie pendant cette période de fête et qu’elle se sentait très seule, elle les supplia de venir boire un verre chez elle.

 

Autour d’un lait de poule et d’un peu de rhum, ils célébrèrent ensemble tous les trois ! Laura se souvient, “Assez rapidement, je me délestais de mon poids au cœur et racontais à Paula à quel point il était difficile pour Grant et moi de ne pas avoir notre propre cocon dans lequel nous retrouver et être ensemble.” Mais Paula avait la solution : aussitôt dit, aussitôt fait, elle sortit un jeu de clé supplémentaire de son appartement, le problème était résolu ! Et puisqu’en plus il se trouvait qu’elle était rarement chez elle, Laura et Grant avaient la possibilité d’en profiter quand ils le souhaitaient.

 

Toutefois, Grant renchérit et soumit une autre idée. Du fait qu’il travaillait dans le comté d’à côté et qu’il n’avait pas encore été transféré, il proposa de payer la moitié du loyer en échange d’un endroit où stocker certaines de ses affaires et où coucher lors des week-ends. Par conséquent, il pourrait venir à Tampa le vendredi soir et repartir le lundi matin et ainsi, Laura et lui passeraient plus de temps tous les deux.

 

Mais… Car il y avait un ‘mais’… Une nouvelle fois, une petite voix alarmante vint chatouiller l’esprit de Laura, “Paula aimait l’idée étant donné l’aspect financier de la situation, et ils se serrèrent la main aussitôt. D’une façon ou d’une autre, je parvins à enfouir sous le tapis la sensation de malaise qui commençait à émerger. Après tout, Grant faisait cela pour être plus proche de moi, pas vrai ?” Et une fois de plus, Laura écarta cette douloureuse sensation de malaise de côté.

 

En parallèle, puisque Laura avait tellement souffert de la solitude de par son passé, elle avait à cœur de rassembler tous ses amis au sein de ses différents échanges, activités et projets. “Je voulais rassembler toutes les personnes que j’aimais en un grand groupe joyeux et que personne ne puisse jamais se sentir aussi seul que je l’avais été durant de longues années.” Durant ses études, elle garda également un lien très fort avec Carol.

 

Aussi, Laura décida de s’inscrire dans un cursus scientifique plus poussé, touchant aux domaines de la biologie, de l’anatomie et de la physiologie. Par la même occasion, elle dénicha un boulot d’étudiant en tant qu’assistante dans le laboratoire de biologie en question, ce qui lui permit même de pouvoir donner des cours aux étudiants de l’université. Le campus universitaire se trouvait au cœur du quartier latin de Tampa à Ybor City, vivant et artistique, et très similaire dans son architecture cubaine, au quartier français de la Nouvelle-Orléans.

 

À gauche, Ybor City à Tampa. À droite, le quartier français de la Nouvelle-Orléans.

 

Par ailleurs, durant cette période, Laura relate un évènement qui lui est resté gravé en mémoire :

 

[Un jour, lors d’un cours avec Dr. Frank où nous devions déplacer toutes les affaires de la classe,] nous formâmes une chaîne d’assemblage. J’étais en charge de mettre du ruban adhésif pour fermer les cartons au moment où ils m’étaient donnés. J’étais en train d’effectuer cette tâche de façon particulièrement minutieuse, comme j’avais l’habitude de faire pour tout ce que j’entreprends, lorsque Dr. Frank s’approcha de moi, s’assit, puis m’observa. Après quelques minutes elle fit un commentaire que je n’ai jamais oublié : “Tu sais, il y a des choses qui ne valent pas la peine d’être faites à la perfection.”

 

J’étais vraiment choquée par sa remarque car, d’une manière ou d’une autre, j’en étais venue à l’idée que tout devait être effectué en le faisant du mieux que l’on peut. L’idée de conserver de l’énergie pour des choses plus importantes ne m’avait alors jamais traversée l’esprit et vint soudainement renverser mes croyances.

 

Quant à Eva (une autre amie de Laura), cette dernière s’orientait vers un cursus artistique. Bien que Laura ne fût pas intéressée de développer cette pratique de manière universitaire, elle suivit tout de même un cours de gravure puis découvrit par suite une facilité innée à dessiner rapidement des esquisses de son environnement et de ses proches. “Eva était brillante […], et rapidement, nous nous trouvâmes au centre de nombreux groupes de discussion, soit sur le campus ou dans les clubs et restaurants locaux. D’une façon ou d’une autre, nombre de professeurs, des enseignants en art et des poètes résidents, finissaient tous par se rassembler autour de notre table. […] Naturellement, dans les cercles artistiques, les conversations sont souvent axées sur la métaphysique, la psychologie, la conscience, l’art et la perception, l’art et l’expression et ainsi de suite. Je fus surprise de découvrir qu’en réalité, je n’étais pas assez radicale ! Je n’avais pas encore accepté que le concept de ‘Dieu’ était une fiction créée de toute pièce, ni même admis que l’homme n’était que le produit d’un univers merveilleux, cependant, soi-disant entièrement accidentel d’après les religions.

 

 

À gauche, une esquisse rapide de Ark. À droite, une autre du fils de Laura.

 

En effet, Laura s’accrochait à ce qu’elle ressentait dans son for intérieur. Malgré toutes ses désillusions, elle était persuadée que ‘Dieu’ était l’archétype analogique de quelque chose de profond et avait la certitude que la conscience existait à un état purement éthérique. Laura relate :

 

[Carol était une fervente Darwiniste.] Ses arguments de l’époque étaient basés sur les théories qui furent par la suite développées davantage dans les ouvrages de Richard Dawkins tels que ‘Le Gène Égoïste’ et ‘L’Horloger Aveugle’. Ces derniers sont, en effet, très ingénieux et convaincants, mais il réside un petit problème : il est totalement impossible d’expliquer en ces termes le concept de l’existence d’un seul et unique atome. Qu’importe à quel point ces arguments sont élaborés et à quel point ils permettent de remonter dans le temps de notre histoire évolutionnaire, ils ne pourront jamais, par leur nature intrinsèque, aller au-delà de l’instant dans lequel le premier atome de matière est venu au monde. En outre, ils ne peuvent non plus expliquer le bond entre l’espace de la matière morte, et celui de la vie elle-même dans sa forme la plus simple.

 

Dawkins et d’autres partisans de cette idée écarte ce point avec négligence, ils sont empreints d’assertion concernant la physique ou l’explication de l’existence des atomes ; ces derniers ne font pas partie de leurs prévisions. Soit, ils échouent à saisir entièrement les implications de ce problème, ou alors ils sont conscients de leurs propres limitations et ne s’y confronteront pas, même lorsqu’une énorme perche leur est tendue. Le résultat final : leurs arguments sont basés sur une fondation inexistante.

 

Et c’était ce que je voulais exprimer. Le seul problème avec cela c’est que je n’étais pas certaine qu’il existait une réelle preuve que la conscience était elle-même consciente ; peut-être que cette conscience de l’univers était simplement une géométrie spatiale qui avait accidentellement fait émerger des atomes, sans intention première. Donc, est-ce que la conscience existe en tant que conscience, dans toute sorte de structure (même si elle est éthérée), au-delà de la matière, après la mort du corps ?

 

Cette question me troublait. Oui, j’avais lu d’innombrables histoires de cas qui semblaient démontrer l’existence de la conscience. Mais je savais également qu’il existait d’autres explications. Même si ces autres explications, n’étant pas les plus simples, ne suivaient pas le ‘Rasoir d’Ockham’, elles suivaient ce dernier comme étant la plus axée sur la matière, en supposant qu’un univers peut-être strictement matériel.

 

Je me rendis donc compte que je pouvais moi-même me lancer dans certaines de mes petites investigations et enquêtes.

 

C’est également pendant cette période que Laura se mit à expérimenter l’hypnose. Accompagnée d’Eva, elle souhaitait tester les limitations de l’esprit. “Rétrospectivement, je souris lorsque je repense à nos expériences, car elles étaient assez stupides. Nous nous étions dit que si le corps était une manifestation de la pensée, que ce soit en termes ésotériques ou psychologiques, nous devrions alors être en mesure de produire des changements évidents et mesurables. Par exemple, des expériences avaient été faites dans le but d’augmenter la taille de la poitrine, et cela semblait fonctionner. Eva et moi n’étions pas intéressée par ce processus en particulier, mais je fus tentée par l’idée d’essayer ‘d’accroitre’ la couleur de l’iris. Pourrions-nous utiliser l’hypnose dans ce but ?”

 

Laura et Eva mirent donc en application cette expérience à travers un protocole bien établi parmi de nombreux étudiants désireux d’essayer, au sein de leur université. Elles n’en tirèrent pas vraiment de résultats convaincants mais, de nombreux candidats leurs confirmèrent qu’ils avaient observés un changement. Par la suite, Laura continua d’étudier en profondeur tout un tas de documents sur l’hypnose régressive et l’hypnothérapie et se lança ainsi dans des expérimentations de thérapies de vies passées. Elle raconte :

 

Je n’oublierais jamais le jour où je travaillais avec un jeune garçon qui voulait que je l’hypnotise pour que je parvienne à ce qu’il ne soit plus amoureux d’une fille qui n’était absolument pas intéressée par lui. Il était certain que c’était une attirance qui provenait d’une vie passée, et si je parvenais à l’emmener là-bas, il était convaincu qu’il pourrait résoudre sa problématique et se libérer de son obsession.

 

Tout allait bien. Il se rendit dans sa “vie passée” dans laquelle il fut capable d’identifier la même dynamique entremêlée avec l’âme de la fille en question. Et effectivement, elle le traitait avec dédain. Eh bien, je continuais à l’encourager d’aller de l’avant pour qu’il puisse avoir une vue complète du scénario avant que nous commencions à faire un travail thérapeutique, et très vite, il décrivit une scène dans laquelle il entrait dans son bureau. […] Je lui demandais : “Que fais-tu maintenant ?” Sa réponse, “Je mets le canon du pistolet dans ma bouche”, ce qui me fit presque avoir un arrêt cardiaque !

 

Heureusement, sans aucun désastre généré, je fus en mesure de le ramener à sa conscience présente.

 

Ayant eu affaire à des cas plus complexes au cours des années, je peux affirmer que c’était vraiment une situation mineure en hypnothérapie, mais c’était particulièrement dérangeant la première fois où j’ai rencontré ce genre de situation. […]

 

Carol était curieuse d’en apprendre plus au sujet de ces expériences, même si elle ne croyait absolument pas que de réelles vies passées pouvaient être expérimentées. Elle voulait que je teste cela sur elle. Je ne pensais pas qu’elle ferait un sujet idéal car elle était tellement sceptique de tout ce qui touchait au domaine du ‘mystérieux’. Mais, curieusement, elle était somnambule. Elle entrait rapidement dans un état de transe profond. En réalité, au cours des années, j’ai remarqué que ceux qui ont un esprit très étroit, ont tendance à être plus facilement hypnotisables. […]

 

Sous hypnose, Carol décrivit une vie en tant que chamane africaine, conteuse d’histoire. Elle parlait même dans une autre langue étrange qui aurait probablement pu être une langue native africaine, mais je n’avais aucune façon de le vérifier. (J’ai pourtant encore l’enregistrement quelque part !) Elle se rendit ensuite dans une autre vie durant l’époque de Guillaume le Conquérant et exprima que j’étais présente à ses côtés, en tant que Normande, et elle était simplement une Gauloise locale. Apparemment, il existait une forte rancœur envers moi à cette époque, d’après ses dires, et qui l’affectait encore dans sa vie présente. J’étais assez surprise d’entendre cela car je n’avais aucune idée que Carol était porteuse de ressentis négatifs envers moi. […]

 

Enfin, Grant, évidemment, voulait également faire partie de l’expérience. Il délivra de nombreuses vies passées intéressantes, dont une d’un guerrier natif américain qui avait été abandonné par sa tribu et était mort. Il avait été sérieusement blessé lors d’une bataille avec un ‘visage pâle’. Dans une autre vie, il était un soldat de la Guerre d’Indépendance des États-Unis qui se languissait dans la cellule d’une prison, tourmenté par des soldats Britanniques jusqu’à ce qu’il parvienne finalement à s’enfuir. Sa dernière vie avait été en tant que soldat tué dans la Guerre de Sécession. Au sujet de cette dernière, il fut capable de citer des noms et des dates et de donner des descriptions vraiment graphiques qui m’impressionnèrent de par leur précision.

 

Est-ce que tout cela était réel, ou était-ce l’artéfact de quelque chose d’autre ? Je ne le savais pas. D’une façon ou d’une autre, je ne pouvais l’affirmer entièrement.

 

En Mars 1971, un évènement majeur se produisit dans la vie de Laura. Cette période représente un moment particulièrement stressant pour elle, dans lequel la manifestation des symptômes de ses maladies auto-immunes indéterminées va devenir de plus en plus fréquente. Elle raconte :

 

Je me suis réveillée dans la nuit, terrifiée et avec la sensation étrange d’avoir été jetée d’une falaise. Mon cœur battait la chamade et j’étais en nage. Alors que je m’asseyais, en essayant de m’orienter, et ressentant que quelque chose n’allait pas du tout, j’entendis une voiture passer dans la rue dehors. Il n’y avait que des stores vénitiens sur les fenêtres, et à n’importe quel moment où une voiture passait la nuit, je pouvais voir le mouvement des lumières à travers la pièce, qui étaient filtrées par les persiennes. Il n’y avait pas eu de lumière. Non seulement cela, mais il n’y avait aucune lumière en provenance du lampadaire de dehors. J’étais aveugle. Littéralement.

 

Eh bien, je ne voulais pas commencer à paniquer. Peut-être que la voiture roulait sans phares. L’ampoule du lampadaire extérieur avait probablement disjonctée. C’était également possible. Donc, je me tournais et allumais ma lumière de chevet. Rien. J’étais encore dans le noir complet et total. Je songeais : “Peut-être que l’électricité est coupée. Ceci expliquerait pourquoi le lampadaire extérieur était éteint.”

 

Je me levais et traversais la maison à tâtons, jusqu’à la salle de bain et déclenchais l’interrupteur. Rien. Le noir complet. Je me rendis vers la fenêtre et tirais le rideau. Rien. Le noir total. Aucune lumière ambiante. Même lors des nuits les plus sombres, il existe une lumière ambiante en provenance de la ville, des étoiles, de quelque part ! Mais j’étais dans le noir complet.

 

J’appelais ma grand-mère et lui demandais si les lumières étaient allumées. Elle m’affirma que c’était bien le cas. Elle était très contrariée lorsque je lui exprimais que je ne pouvais rien voir, mais, d’une manière ou d’une autre, je la convainquais que je n’avais aucune douleur, et que tout rentrerait dans l’ordre si nous attendions simplement le lendemain matin pour que j’aille voir un médecin. Elle m’accompagna vers mon lit, et je me rendormis immédiatement. Le lendemain matin, je me réveillais avec ma vision réparée, mais j’étais sévèrement malade – malade au-delà de tout ce qui existe – et tous les jours qui suivirent, pendant des semaines. […]

 

Même mon grand-père remarqua mes allers-retours incessants tous les matins jusqu’à la salle de bain. Je n’avais aucune idée de ce qu’il se tramait, mais, d’une façon ou d’une autre, je pense que mon grand-père savait. Il me suggéra d’aller voir un médecin sur le champ.

 

Et c’est ce que je fis. J’étais enceinte.

 

J’étais à la fois terrifiée et ravie. D’une part, cela pouvait être un peu gênant, mais il est tellement incroyable d’avoir un bébé que le fait de se sentir incommodé représentait un petit prix à payer pour quelque chose de si précieux. Ce n’était pas comme si j’avais seulement 16 ans et que j’avais à faire face à un désastre majeur ; j’avais un fiancé et nous avions prévu de nous marier. Cela signifiait simplement que nous nous marierions probablement plus tôt que prévu. Et ce n’était pas quelque chose de désagréable non plus. Le fait d’être marié et d’avoir une famille et peut-être, de retourner à l’université plus tard pour terminer un cursus après que le bébé ait grandit un peu.

 

Oui, j’en étais capable !

 

J’aurais aimé me souvenir de la conversation que j’avais eue avec Grant à ce sujet, mais je suis incapable de me la remémorer, je ne peux pas. La seule chose dont je me souviens c’est que l’idée d’un bébé le plongea dans la plus grosse dépression imaginable, et tous les sentiments de culpabilité en moi remontèrent à la surface. Il me rappela toute la souffrance qu’il avait déjà traversé ; qu’il avait déjà eu une famille qu’il avait abandonné. D’une façon ou d’une autre, j’eus l’impression que la famille était un poids qui tuait l’amour, et si j’étais un poids pour lui, avec un bébé, il me laisserait probablement tomber moi aussi. Encore une fois, je cédais pour soulager ma pression interne.

 

Carol m’aida à tout organiser pour effectuer un avortement.

 

Je m’effondrais en larmes jusqu’à m’endormir de fatigue et rêvais de petits bébés avec des genoux potelés, des petites mains grassouillettes, des cheveux soyeux et un souffle doux. Je me réveillais le lendemain et laissais Grant m’emmener à l’hôpital où un médecin et une infirmière m’attendaient. C’était avant que de telles procédures deviennent faciles et banales dans les cliniques, et l’avortement allait être effectué sous anesthésie générale. Je retins mes larmes et prétendis que j’étais sage, que je savais parfaitement quoi faire dans ce genre de situation. Je les laissais m’insérer l’aiguille dans le bras et m’endormis. C’était le 28 Mars 1974.

 

Je me réveillais en entendant une infirmière parler à une de ses collègues. “Il n’y avait pas de bébé. Je ne sais pas qui lui a dit qu’elle était enceinte.”

 

Quoi ?! Que voulait-elle dire par “Il n’y avait pas de bébé !” ?

 

Où était passé le bébé ? Est-ce que cela signifiait que je n’avais pas tué le propre sang de ma chair ? Étais-je sauvée de ce mal ? Mais non, je devais être folle. Je me rendormis, et plus tard, Grant me ramena à la maison. Rétrospectivement, mes symptômes de grossesse auraient aisément pu être liés au fait que j’avais un kyste sur un de mes ovaires, mais je ne le savais pas à l’époque. Tout ce que je comprenais alors, du moins, c’est que j’avais essayé de me faire avorter.

 

Évidemment, je ne pouvais pas raconter ce que j’avais fait à mes grands-parents. J’avais simplement Grant pour me réconforter pendant quelques heures jusqu’à ce qu’il parte. Il m’assura que lorsque toutes ses affaires seraient réglées, lorsque nous aurions le temps de nous rétablir du trauma de son divorce, nous nous marierions et aurions un enfant. Ce n’était juste pas le bon moment.

 

Évidemment, il avait raison. Et je voulais ce qu’il voulait. J’étais stupidement émotionnelle.

 

Un jour ou deux plus tard, j’étais de retour à ma routine habituelle. Je me rendis à l’université. Eva remarqua que j’étais pâle. Elle me demanda. Je lui racontais. Ses yeux s’embuèrent et sa mâchoire se resserra, mais elle ne dit rien et me tint fort dans ses bras ; elle me dit que je devais avoir fait ce qu’il y avait de plus juste car j’avais fait ce que je devais faire. Eva avait ses propres problèmes. Elle aussi était en train de divorcer.

 

Carol arriva à la rescousse. Elle s’occupa de moi, me parla, me réconforta, et m’encouragea de continuer et de reprendre mes activités habituelles. Mais c’était difficile. Pour une raison ou une autre, je ne guérissais pas. Jour après jour, je continuais à perdre du sang. Parfois, c’était irrégulier et à d’autres moments, c’était de façon abondante. J’avais constamment mal dans la zone inférieure de mon abdomen et en bas du dos. Les médecins me donnèrent des cachetons qui supposément, devaient arrêter les saignées, mais tout ce qu’ils générèrent furent des douleurs plus intenses. Les douleurs ne s’arrêtèrent pas, et j’avais la conviction que tout rentrerait dans l’ordre, petit à petit.

 

Cela prend juste du temps.

 

 

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