5. Apprentissage et distorsion - par Layla

« À présent nous pouvons concevoir ce qu'est une émotion. C'est une transformation du monde. ... Le passage à l'émotion est une modification totale de « l'être-dans-le-monde » selon les lois très particulières de la magie. » Sartre, Esquisse d'une théorie des émotions,Paris, Hermann, 1939, p. 43, 66.

 

Ce texte relate mon vécu de l'expérience. Il correspond à mon état de conscience. Il a été modifié de nombreuses fois. Modifié parce qu'il n'avait pas le mot juste. Une justesse déformée par l'émotion qui me possédait. J'avais besoin d'un exorcisme. Et bien que Sand ne cesse de me dire « Accepte ! » et « Traverse ! », je n'y comprenais rien !

 

Rêve de cette nuit. Je suis avec Yakout, nous entamons une discussion animée sur les alters et le prédateur. Je décide de jouer carte sur table, sans demi-mots, sans faux semblants. Nous sommes dans une énergie d'ouverture. Je suis appelée par Ismaël qui a 6 -7 ans, il court vers moi. Je suis heureuse de le voir. Je dis à Yakout de m'attendre « J'arrive ! ». Ismaël me fait comprendre qu'il a besoin de moi. Nos joues se posent l'une contre l'autre. Je sens sa chaleur et sa douceur. Je retrouve l'enfant, celui pour lequel je ressens tant de culpabilité à n'avoir pas été une assez bonne mère. Bonne mère pour ne pas avoir été assez patiente, pédagogue et responsable de l'être que j'ai décidé de mettre au monde. Responsable de lui avoir légué mes propres tares. Responsable de ne pas lui avoir transmis une stabilité et une force intérieure à laquelle il pourrait s'appuyer aujourd'hui. Je regarde évoluer Gaby et Ysis-Marie sur ce chemin de liberté que les parents ont choisi. La culpabilité me prend. Elle agit comme une empreinte. J'ai l'image automatique d'Ismaël enfant qui me vient. J'aimerais tout recommencer ici, avec lui.

J'oublie Yakout. Je repars naturellement avec Ismaël. Nous sommes dans une voiture avec mes parents, ma mère conduit, mon père est du côté passager, je suis à l'arrière avec Ismaël. Mon père dit à ma mère de tourner à gauche. Elle ne le fait pas immédiatement, il critique sa lenteur. Je suis gênée. Finalement, c'était à droite qu'elle devait tourner. La route est en terre et en mauvais état. Ma mère slalome tant bien que mal entre les trous. Un groupe de personnes avance vers nous. Un homme aux pieds* nus et difformes est à leur tête , il est effrayant et agressif, il insulte ma mère ! Je suis abasourdie. Je n'interviens pas. Nous ne devons pas rester là. Ma mère tente de s'engager dans la voie principale, intégrant le flux incessant de la circulation. Personne ne nous fait de cadeau.

*Pied : C'est un pléonasme à mon sens, pied et difforme. Une énigme anatomique que je rejette et abîme. Un indice.

 

Je ne suis pas défaite de mon attachement d'avec Ismaël et mes parents, même si certaines journées, je le crois. C'est un abîme de souffrance et de culpabilité, celle de vivre des choses sans lui et sans eux. Comme un reproche auquel on-ils appuieraient et qui prendrait source sur une-des mémoires ? Une nuit, je suis réveillée par la sonnerie du sms de mon téléphone. Je pense à Ismaël. Que lui est -il arrivé ? Des peurs s'emparent de ma psyché et déclenchent une avalanche de scénarios dramatiques. Je tente de résister, en vain. Je descends du sommet de mon lit mezzanine. Le message est léger, il me conseille une série drôle à regarder, « Arrested Developpement ». « Une fois de plus, l'En-je te montre, par le biais du prédateur, que le programme est toujours actif ! »

 

Le miroir qui me fait face m'agace ! J'observe le panel d'émotions que cela provoque. Cet agacement est récupéré et utilisé par le prédateur qui m'habite de 95 % à 100 %, ! Il génère mille et une pensées qui distille mon énergie. Energie guerrière dirigée CONTRE la source d'agacement. Donc ce n'est pas gagné. Je m'aventure à lutter. J'avance lentement, je m'observe, me laisse envahir. La connaissance me rattrape, je ne suis pas seule face à mes démons ! Les alters SDA m'aident à me souvenir.

 

Hélène concentre plusieurs facettes de personnes que j'ai connu dans ma vie, fui et rejeté avec force. Un concentré que je retrouve là et que je dois apprendre à regarder. L'autre, c'est moi ? Le jeu d'alters a pris plus d'ampleur au fil des semaines jusqu'au jour où je ne la vis plus que prédatée et prédatrice. Tout ceci est un jeu, une reproduction à conscientiser et à accepter. Facile à dire. Car comment accepter Hélène dans son entièreté tout en éprouvant autant de rejet, y compris de la haine ?

 

Fin de journée, l'avant veille de mon départ :

Loredana est allé faire une « balladina », petite ballade. D'habitude c'est ensemble que nous la faisons. Je me retrouve seule à seule avec Hélène. Et bien que d'habitude, je fuis cet entre-deux, ce soir je reste discuter. Mon alter conciliant est présent. Pas envie de faire la guerre, même sourde. Malgré tout, à la fin de la discussion, je m'aperçois de cet alter soumis, lâche et oppressé dans lequel je baigne.

 

Rêve de cette nuit. (Est-il temps de défaire une partie de nos jeux d'alters ?)

Nous sommes dans la pièce commune de la maison, Loredana, Hélène et moi. Je commence à parler à Hélène de mes ressentis vis à vis d'elle et de tous les non-dits jusqu'alors tût. Le ton monte très vite, elle réprouve mes propos et me menace de m'étrangler plusieurs fois, au fur et à mesure que j'ouvre les vannes. J'ai fini, on est loin d'un échange bienveillant. Elle pleure fort en arpentant la pièce. Petit à petit le groupe vient. Je reste à l'écart. Hélène leur raconte notre échange. Je me sens exclue, jugée et illégitime d'avoir exprimé ces sentiments ou ressentiments. Plus tard, dans ce même rêve, je me retrouverai avec quelques personnes du groupe et comprendrai que je ne le suis pas. C'est une idée, une déformation de la réalité alimentée par la présence de mes programmes. Tant que mon esprit y croira, y adhèrera, y mettra de la force, je vivrais ces situations en rêve ou en réel.

 

Cette nuit, dans l'ensemble, je dormirais très mal et commencerais à ressentir une lassitude et un énervement vis à vis de cette situation de colocation, de routine, voyant mes co-locatrices avec des aspects caricaturaux. Je penserais à fuir le jour même vers Toulouse pour retrouver le lieu où je ne serais pas emmerdée par la Conscience qui me pousse à Voir.

 

Le matin. Réveil matinal de mes coloc, mes oreilles perçoivent en démultiplié le bruit qu'elles génèrent et cela exacerbe mon ressenti, mon rejet de l'expérience. Je me dis qu'après un laps de temps, je vais pouvoir me rendormir. Mais non ! Loredana lance la machine à laver qui durera environ 3 heures (rien que ça!). Ma chambre est à l'entrée du couloir au 1er étage. J'entends tout ! Les va et vient et la toilette de ces dames, les bruits de portes, le voisin qui hurle à son chien, à son téléphone, à sa TV...les abeilles aussi passent la fênetre ! Je comprends que je suis manipulée pour générer une nourriture au corpus à travers le programme de « sensibilité au brui t, d'intolérance... » ou ce que je crois être. Une scène doit-elle se jouer avant mon départ à Toulouse ?

 

Hélène et Loredana sont dans le bureau à faire un travail en commun. Je vais les voir pour la récréation, pensais-je. Loredana me demande si j'ai bien dormi. J'hésite à répondre. J'ai la boule au ventre, je suis pleine d'émotions. Dois-je dire les choses au risque de créer une division* ? Mon programme de non-dit s'active, il se mélange à la peur d'être rejeté, la culpabilité de dire et la lâcheté d'être. Programmes tenaces qui se sont répétés tout au long de ma vie. Mise en bouche, je raconte mon rêve avec beaucoup de gêne et de peur. Ensuite, Loredana évoque l'idée qu'Hélène a, d'inviter des personnes pendant notre absence. Hélène me demande mon avis, chose qu'elle s'est gardée de faire la veille lorsqu'elle m'en avait touché deux mots. Je suis en mode « retour vers le futur », je pense aux semaines écoulées, à son attitude d'enseignante sans la polarité enseignée ! Je parle de ce qui me traverse, un sentiment d'injustice ! Je suis en colère, lui reproche d'avoir pointé mon prédateur et mes alters sans qu'elle le fasse pour elle-même, sans l'humilité de mise sur ce parcours !!!

 

Son prédateur nous a mené par le bout du nez un certain temps en utilisant l'outil « Pitié j'ai mal, aidez-moi, pitié j'ai mal, amenez-moi à manger, pitié j'ai mal, écoutez-regardez-moi, PITIE! ». Voir le dialogue avec les Cassiopéens du 18 mai 2019. Le jeu s'est fait à trois. Pas de joueurs, pas de jeu.

 

Le canal de prédation passait par Hélène et utilisait mon programme non résolu, la culpabilité d'être une Layla méchante en refusant ses demandes de ser-vices. Une semaine, le jeu a atteint son summum. L'intervention et information de Sand et Jénaël y ont mis un terme en nous rappelant la Connaissance. Celle de couper lorsqu'il est temps de le faire. Cet épisode a marqué la confiance que j'avais en Hélène et a été une leçon. Le prédateur est rusé. Le mien, le tien, le sien.

 

La division*, parler de ses ressentis ou exprimer sa colère est un des aspects SDA et, le contraire, se taire en pensant que cela est mieux, pour soi, pour l'autre, pour l'ambiance est un des aspects SDS. Je suis donc face au monde à l'envers du prédateur lorsque je pense que je ne dois pas m'exprimer. Le programme me tient et dirige mes actions et réactions.

 

« Il se forme... au sein même du moi fondamental, un moi parasite qui empiétera continuellement sur l'autre. Beaucoup vivent ainsi, et meurent sans avoir connu la vraie liberté. » Bergson, Essai donn. Imm. 1889, p. 132.

 

Les parasites présents entre Hélène et moi perturbent la communication. Ils gênent la véritable compréhension. Ils incarnent nos alters et programmes, nos liens karmiques non-résolus, nos prédateurs, et par la même, notre génétique. Si j'accepte le miroir que me tend mon Soi supérieur à travers les jeux d'alters, alors je lâche un peu de ma part prédatrice et me familiarise avec le mécanisme du détachement.

 

Accepter dans la notion SDA signifie « ne pas vouloir changer ce qui est » = « ne pas lutter contre » ET « ne pas s'identifier » = détachement. Des données compliquées à assembler pour cette identité qui tend à séparer.

Traverser = apprendre sans empressement, c'est à dire sans forcer le dénouement et sans le bloquer.

 

Chaque petit changement produit un nouvel apprentissage, une nouvelle réalité, un nouveau soi. « La conscience crée la gravitation qui modifie la conscience. »

 

Je suis sur un tapis roulant, il y a une partie de moi qui joue le jeu et une partie qui observe.

Je redémarre sur la pensée que c'est une opportunité inégalable d'être ici dans un groupe où le souhait de chacun est la re-co-naissance de Soi . 

 

Layla (cen11)

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