Cheminer pour un retour à Soi - par Layla

 

Le mois passé, je suis allée à la rencontre des Léos deux semaines à intervalle. Une semaine pour voir, une semaine pour confirmer l'élan de me joindre à eux.

Ils ont évoqué avec beaucoup de délicatesse une douleur qui me paraissait insurmontable. Celle qui me blesse et celle qui le leste. Le, c'est Ismaël, mon fils de 18 ans.

J'ai toujours ressenti une peur et une inquiétude maladive concernant ce qu'il pourrait rencontrer ou attirer comme écueil dans son parcours. Mère poule et mère fusionnelle.

 

Aujourd'hui ce qui me tiraille davantage, c'est la profonde culpabilité que je ressens à l'idée de partir sans lui. Partir sans lui, c'est le libérer de mon emprise. Mais c'est aussi l'abandonner, livré seul à lui-même. Partir c'est le trahir. Que deviendra t-il sans moi ? J'aimerais le garder dans mes bras pour qu'il y soit toujours en sécurité comme un enfant. Nous nous protégerons mutuellement.

L'attachement est comme une membrane vivante fomenté de mon émotionnel. Je nourris cet attachement de mes peurs irraisonnées. Comment peut on avoir autant de peurs dans une vie ? Pourquoi en est on autant influencé ?

 

Je pleure l'attachement. Des larmes qui remontent avec douleur. Une mer morte de larmes. Je m'éteins à chaque sanglot. La membrane bien vivante s'anime et me tient.

L'émotionnel est très présent. Et puis viennent les moments où cet émotionnel dévastateur me paraît fou et incompréhensible. Pourquoi je pleure ? Pourquoi je m'inquiète ? Pourquoi je culpabilise ? Pourquoi cette perception ankylosée ?

Pourquoi mon esprit s'entête t-il à voir Ismaël comme un être vulnérable ? D'où vient cet angle de vue ? Par quel biais est entretenu cette culpabilité et cet attachement ? Par les mémoires des autres moi.

 

Je lui dis que ce n'est pas qu'aux autres mémoires auxquelles je devrais mourir mais c'est aussi et surtout à cette mémoire actuelle de mère à fils, les souvenirs, les partages, les rires.

Je suis de retour d'Albières et je ne sais pas comment agir, réagir. J'ai envie de repartir. Pour fuir ? Je suis un automate absorbé par la 3D. Je ne vois rien et ne comprends rien.

Tout me semble lourd.

 

Trois semaines après, je quitte Ismaël pour partir à la rencontre de moi-même. Je suis partie avec empressement, j'ai fui le regard accusateur que je me portais et j'ai couru impatiente de commencer l'expérience de qui je suis.

« Alors ? » me demande t-on. « C'était facile », disais-je crânement. « Eh non , je ne passerais pas par là où tu es passée ! Eh oui ! Car je suis plus forte et plus décidée ! » pensais-je.

 

J'étais leurrée et dans le déni par cette part qui voulait dominer tout en étant lâche devant ses propres douleurs.

Je me rends compte au 3ième jour ici que la prise de conscience préliminaire à la décision de comprendre et me défaire des souffrances liées à mes mémoires n'est que le 1er pas.

 

Rêve de cette nuit. (L'idée que je me fais de) Ismaël est maintenu par des enfants. Chacun le tient

par les épaules, bras et jambes sous l'eau. Je regarde la scène puis interviens. Je le porte et le mets au lit. Il est comme mort cérébralement. Son corps est en vie. Je le cache et le protège sous ma couette. Personne ne doit savoir qu'il est présent pour qu'il ne puisse m'être enlevé. Je reste à ses côtés et décide de lui laisser le temps de revenir à lui. Peu après prise de nouveau d'inquiétude, je soulève la couette et le voit perdre du sang par le nez. Je le réveille et le perturbe dans sa convalescence. Il nie avoir perdu du sang ou me fait comprendre que ce n'est rien. Il se lève, je l'ai empêché de se remettre. Il n'est pas entier, il n'est pas lui-même. Il est diminué. Mon inquiétude me mène par le bout du nez. J'en oublie sagesse et raison. L'état créé l'état et l'alimente.

 

Le mot abandon est très difficile à entendre, admettre. Je n'admets pas la responsabilité de ce que je pourrais provoquer comme souffrance chez Ismaël d'abord, ensuite chez mes parents.

Et puis vient la culpabilité. Car je considère qu'ils m'ont beaucoup donné, je me sens redevable au possible. Ma haine, ma colère... ont été la source d'énormes prises énergétiques. Comment réparer ? Se responsabiliser sans culpabilité. Formule impossible à intégrer pour le moment.

 

Comment ne plus être ce que j'ai été autant de temps ? L'insécurité qui jaillit et s'entremêle aux autres douleurs. Où et sur quoi poser le pied ? Comment créer une dynamique en soi quand on a passé sa vie à dormir et à dissimuler.

 

Vendredi soir, un chien au dehors aboie sans cesse. Le mal se manifeste. Je suis de nouveau dans la douleur de la mère qui abandonne son enfant. Une douleur qui n'était pas présente depuis jeudi fin de journée. Un record ! Ce soir, ce chien me dérange, il créé un malaise au niveau de mon plexus.

Je pleure l'attachement fille-mère et mère-fils. L'animal s'est tu.

 

Cette année est apparu des symptômes physiques douloureux, des maux de seins. Je relève les phrases du dictionnaire Martel qui résonne avec mon expérience ;

« fort sentiment de culpabilité intérieure, rejet de soi et peur d'être rejetée, situation conflictuelle, trahison du masculin, conflit intérieur masculin, difficultés affectives et émotions refoulées, j'adopte une attitude surprotectrice ou dominatrice envers mes enfants, est ce que j'ai peur ou est ce qu'il m'est vraiment arrivé que l'on m'enlève une personne qui m'est très chère, je me retrouve à vouloir dominer à être possessif, à trop vouloir protéger les gens que j'aime, je les empêche de vivre. »

 

Lorsque mes pleurs cessent, la compréhension émerge. La souffrance me donne l'illusion d'une fin, d'une mort. Qui souhaite mourir et qui s'accroche à la vie ? A la vie de ces mémoires, de ces attachements et de ces souffrances.

 

Le lendemain, je pense à l'appréhension que j'avais, de retrouver mes parents à chaque fois qu'ils revenaient de voyage. Je transpose ce que j'éprouvais à leur égard à ce qu'éprouve Ismaël à mon égard. La prison ou protection maternelle composée de mes inquiétudes, de mes peurs, de mes obsessions est-elle légitime et est-elle la signification de l'amour auquel je me raccroche pour justifier de mon contrôle, de ma situation de confort ? Surtout ne pas toucher au mal qui rôde. L'ignorer, l'enfouir, le nier. C'est normal. La norme du mal dont je comprends maintenant, par l'expérience, le sens.

(Lorsque j'avais lu sur le réseau Léo le sens de ce mot en langage des oisons je ne l'avais pas compris véritablement.)

« Il est normal qu'une mère reste auprès de son fils. »

 

La veille de mon départ, mon père me raconte, après que je lui explique en pleurs qu'il est difficile de quitter Ismaël tout en sachant que c'est ce que je dois faire, ce qu'il a observé chez les animaux notamment les moutons. Une brebis met bas son petit, en prends soin, le nourrit. Lorsque l'agneau acquiert autonomie, au fur et à mesure, il s'éloigne de sa mère et s'en désintéresse tandis que la mère le recherche continuellement. L'instinct de la mère et l'instinct de l'agneau. La mère court après son enfant et l'enfant ne pense qu'à y échapper pour vivre son expérience. C'est l'analogie qui lie mes parents à leurs enfants et qui me lie à mon fils. Lâche le !

 

Mon inquiétude le plombe tout comme l'inquiétude de ma mère me plombait. L'action de rassurer une personne est vaine. Le puits de la peine éprouvée est sans fin parce que alimenté par une source qui dépasse le mental. Les mémoires et la norme du mal.

Eviter de recouvrer ma liberté par ce qui me tient, retient et maintient le plus. Et qu'est ce qui me tient le plus ? Me disais-je.

 

L'identification (de ce qui me tient) me mène à la résolution de cette boucle de rétro-causalité. Je prends conscience que tant que je maintiens ma souffrance je ne pourrais pas voir d'un autre œil ce qui se passe et je ne pourrais pas emprunter une nouvelle voie. Voir d'un autre œil, c'est laisser grandir sa conscience. Et faire grandir sa conscience, c'est créer une nouvelle perception, ici en l'occurrence, de mes liens avec mes proches et des formes que peut prendre l'illusion.

 

Samedi soir, cinq jours que je suis ici, cinq jours qui sont comme une éternité. J'ai eu envie de retourner à Toulouse pour retrouver mes repères, ma sécurité. J'ai appelé Ismaël, il était sur messagerie. J'ai demandé à mon Soi de me donner un coup de main, Loredana apparaît. Nous discutons sur mon sentiment de perte d'identité et sur la trouille gigantesque qui se manifeste. Qui suis-je maintenant ? Comment - de quelle manière avancer sans le soi familier ? Elle me ré-invite à cohabiter avec elle et Hélène dans leur maison au centre d'Albières. (J'ai choisi de vivre dans une roulotte à environ 1 km du groupe). Est ce le signe de la prochaine étape d'apprentissage ?

 

Dimanche midi, j'envoie un sms à Ismaël qui répond de suite. Je l'appelle donc. Que s'est il passé en moi ? Je voulais être rassurée et le rassurer (avait il besoin de l'être? Je n'en sais rien). Je voulais savoir si je comptais toujours pour lui et retrouver une complicité.

De nouveau, j'agissais, malgré l'apparence normal de la mère qui prend des nouvelles de son enfant, en mode alter piloté par le prédateur. Je me pose la question : qu'est ce que cet acte qui semble anodin a t-il créé ? Une reviviscence des mémoires et de ce fait des souffrances ?

Ces questions trouveront leur réponse au travers de l'expérimentation.

 

A bientôt !

 

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