Cris et chuchotements - par Gérard/Nemeton

 

Dans un rêve récent, sans voir d'images, j'entendis comme lorsque j’étais enfant, les plaintes et les pleurs de ma mère, lorsqu'elle subissait les violences de mon père. Ces violences étaient tout autant physiques que psychologiques et les cris de mon père me prenaient au ventre…

Comme à chaque fois, j'attendais la fin de la « dispute » avec une grande inquiétude. Le lendemain, j'observais le comportement de mes parents, afin de déceler les signes d'une paix éphémère…

Le motif de ces violences à l'encontre de maman m'étaient inconnus et n'étaient pas pour moi une préoccupation. Seul importait la fin des aboiements de mon père et la fin des pleurs de ma mère…

Je ne me souviens pas pourtant, que maman m'ait câliné dans ses bras ou même qu'elle ait manifesté son amour pour moi. M'aimait-elle ou bien étais-je pour elle un fardeau ?

 

Quasi chaque nuit, je faisais ce cauchemar dans lequel je me retrouvais pratiquement paralysé, debout au centre de ce qui ressemblait être un échiquier de la taille d'une grande pièce et dont le sol grouillant de minuscules serpents ou peut-être bien des vers. Je me trouvais là, sans pouvoir bouger, avec une grande sensation de malaise. Cela pouvait durer de longs moments avant que je puisse me réveiller…

Quoiqu'il en soit, je ne me souviens d'aucune manifestation d'amour, ni de la part de ma mère, ni de celle de mon père. 

 

Lors d'une « lecture d'âme » conduite par une amie médium, celle-ci me remis en mémoire  le jour où, après l'une de ces mémorables disputes violentes, je demandais à ma mère de partir avec elle pour fuir ce qui pour moi, mais aussi sans doute pour elle, était un enfer. Et je me voyais marcher dans la rue, alors qu'elle me tenait par la main.

Maman avait l'habitude d'excuser mon père, arguant qu'ayant été fait prisonnier par les Allemands en 1940 durant les cinq années que durèrent le conflit, il avait été « éprouvé » et était rentré de captivité changé…

 

Quel était cet homme qu'elle aimait certainement, mais qui n'était plus vraiment le même ?

Si ma sœur fut « conçue » avant son départ en guerre, mon frère le fut dès son retour de captivité, soit en Juillet 1944…, et moi-même le cadet, en Août 1945, soit dans une période d'après-guerre, où il n'était pas facile sans doute de réapprendre à vivre sereinement…

 

Ce dont je me souviens bien aujourd'hui, ce sont les « histoires » de guerre et de captivité, que mon père racontait souvent et qui étaient toujours les mêmes. Dans ses narrations, il évoquait souvent et avec une admiration non feinte, la discipline et l'efficacité de la Wehrmacht. En outre, il aimait beaucoup la langue allemande, qu'il considérait comme la plus belle au monde !

Comment admettre qu'après avoir été humilié par ses bourreaux, un homme en vienne à admirer ceux-là mêmes qui l'avaient emprisonné ? Puis reprendre à son compte, la domination par la peur sur autrui ? S'était-il connecté à une autre ligne temporelle avec la nostalgie d'une domination sans partage, dans laquelle il aurait eut une part active ? 

Bien sûr, une telle image me met en résonance avec un prédateur transdimensionnel, celui qui l’animait en tant que mari et père, créant au sein de sa famille pleurs et souffrances…

 

Durant ces  périodes, je fréquentais la messe du Dimanche matin et me préparais à faire ma communion solennelle, avec la conviction que Dieu était le seul à même d’aider ma mère et moi à surmonter nos souffrances. Ni ma sœur aînée, ni mon frère ne me préoccupaient, considérant qu'ils n'avaient pas la volonté de modifier le cours des choses. 

Un soir pourtant après avoir été injustement giflé par mon instituteur devant toute la classe pour une faute que je n'avais pas commise, j'allais pleurer mon humiliation dans notre chambre. Et soudainement, en regardant le crucifix qui trônait au dessus de la porte, je lançais au "Christ sauveur" un cinglant « salaud ! ». Ce soir là, je compris que celui sur lequel je comptais, ne ferait rien, ni pour moi, ni pour quiconque ! J'avais un profond sentiment de solitude et de désespoir, me demandant « pourquoi vivre ? ». Il me semblait que la vacuité, le néant, le non-être aurait été bien préférable…

 

L'aspect dominateur et sans partage de mon père, était de toute évidence chez lui, celui d'un despote égoïste et certain de son bon droit… Ses colères subites témoignent en fait d'une absolue mauvaise fois, comme celle qui encore aujourd'hui, reste gravée dans ma mémoire. 

 

Ce jour-là, alors que pour notre plus grand et rare plaisir, mon frère et moi-même étions emmenés sur le littoral de la mer du Nord à bord de la nouvelle Panhard. Par une belle journée d'été, nous étions dans les dunes de sable et d'oyats de la côte d’émeraude pour un pique nique, lorsque mon père se rendit compte qu'il avait perdu dans le sable ses lunettes de vue. La colère qui s'ensuivit, fut mémorable. Chacun de nous devait remuer le sable à la recherche des lunettes égarées ! Ce ne pouvait être lui-même, bien entendu, qui en était responsable… Toujours est-il, que ce qui devait être un de nos rares bons moments, vira encore une fois au cauchemar. La sortie dominicale tant attendue était devenue un énième épisode de la sordide série « enfer ».

 

Plus tard  une conversation qu'il eut avec ma mère au sujet de sa retraite, m'est aussi restée en mémoire. Je l'entends encore dire à ma mère qu'il va prendre sa retraite (il n’avait à l'époque que 54 ans). J'en aurai toujours suffisamment pour moi ! disait-il à ma mère… Ceci me démontrait à quel point sa femme et ses enfants, comptaient pour bien peu ! Je me remémore  combien  cette phrase suscita  en moi une grande colère, bien que je savais qu'il n'avait pas pour habitude de nous faire des cadeaux ! 

 

Peu de temps avant sa retraite, il demanda sa mutation dans les Ardennes, d'où mes parents étaient originaires. Et un jour, alors qu'il informait une personne de son départ, celle-ci lui demanda comment ses enfants prenaient la chose. Et sans être perturbé, mon père répondit qu'il ne nous en avait pas parlé. En effet, mon frère et moi avions des oreilles pour entendre les conversations à ce sujet, mais nous n'en parlions pas même entre nous, car nous avions été habitués à ne pas échanger nos états d'âme…

Pourtant nous étions à ce moment dans notre période de préadolescence, avec la conscience de perdre nos repaires d'enfance et surtout nos amis. Qu'allais-je faire le Jeudi sans mes amis René, Francis, Coco ? Une grande tristesse pris le pas sur ma colère, les rares et uniques plaisirs que je connaissais, étaient ceux que je partageais avec eux…

 

Aujourd'hui, je regarde mon enfance comme une période noire de ma vie, une période qui m'a privé de la joie et de la complicité avec autrui. J'ai longtemps été un jeune garçon très  timide et introverti, avec un manque de confiance en moi-même, puisque je n’étais pas digne d'attention et moins encore, de tendresse. J’ai longtemps été incapable de voir les adultes comme des personnes aptes a donner de l'amour et de la compassion. Quant à ma timidité, celle-ci m'a longtemps perturbé par exemple à l'idée d'avoir à m'exprimer en public ou même de côtoyer une fille pour laquelle j'avais de l'attirance.

 

Devenu adulte, j’ai toujours fuis les fêtes dans lesquelles je ne me suis jamais senti à l'aise, tant je suis incapable de m'y amuser, excepté en de très rares occasions. De plus, je ressens beaucoup de futilités dans ces manifestations de joie, souvent suscitées par l'absorption d'alcool…

 

Pourtant, à une certaine époque qui suivit notre arrivée dans les Ardennes, alors que j'étais ado, les choses changèrent progressivement. Mon père devint moins souvent violent. Je pris lentement confiance en moi. Les filles m'aidèrent en cela et faisaient « le premier pas », ce qui m’aida grandement à  me  « déniaiser ». Chemin faisant, il m'avait été proposé par une jeune femme plus âgée que moi et avec laquelle j'entretenais un « flirt » de me présenter aux élections du Conseil des Jeunes, une sorte de conseil élu par les moins de 18 ans de la ville. 

 

A ma grande surprise, je fus élu deuxième sur une liste d'une quarantaine de candidats et je devins ainsi un des premiers élus d'un Conseil de Jeune en France, dans lequel je devins vice-président. Puis plus tard, il me fut proposé d'en devenir le Président. Ce que je déclina, considérant que je n'avais pas alors les épaules suffisamment larges ! Toutefois durant cette période, je fus sollicité avec quelques autres pour répondre aux interviews de journalistes locaux et nationaux, ainsi qu'à une émission tv. en direct au Luxembourg. Le « Duché » qui s'intéressaient à nôtre projet de susciter en Europe, la création de ce type de « Conseils de Jeunes », avec comme objectif utopiste sans doute, de créer une « Europe des Jeunes », alors même que l'Europe des nations n’était encore qu'un projet. C'est grâce à cette expérience que je pus commencer à prendre confiance en moi et à dompter la peur de m'exprimer enfin en public.

 

Plus tard, je quittais les Ardennes pour ma bonne ville de Lille. En faculté, le mouvement amorcé par les Conseils de Jeunes périclita aussi vite qu'il naquit, gangrené par les récupérations de mouvements politiques… La prédation veillait au grain !

 

Ici commença une nouvelle vie, je m'étais marié à dix neuf ans, avec la fille de vingt trois ans, celle là même qui m'avait orienté vers le Conseil des Jeunes, et nous habitions dans un appartement du centre ville. Je disposais de sa voiture pour me rendre de la fac au CHU. Tout aurait put être parfait, mais les événements en décidèrent autrement. Des grèves dures survinrent en quelques jours, et des événements insurrectionnel liés au mouvements d'ultra gauche étudiante, se déroulèrent quotidiennement dans la capitale. Toutes les institutions officielles étaient à l'arrêt. La capitale était bloquée par de nombreuses barricades formées de pavés arrachés aux rues. Sensibilisé par la propagande des gauchistes, je pris l'initiative d'initier une grève des étudiants de la faculté, en solidarité avec les étudiants parisiens. Celle-ci fit que les autres facs emboîtèrent le pas. Tous les cours et examens furent suspendus "sine die".

 

Le jeune garçon qui fréquentait le catéchisme et la messe du Dimanche, avait subitement basculé dans l'athéisme après avoir lu le Dialectalisme matérialisme de Karl Marx et Engels, motivé à se révolter contre tout pouvoir oppresseur, qu'il soit parental, éducatif ou étatique, tout en prenant la voie montrée par les "Gardes Rouges" Maoïstes chinois, qui écumaient les villes et les campagnes, arborant le "petit livre rouge" de Mao Tse Tung.

Toutes mes frustrations passées, toutes mes rancœurs trouvèrent alors leur exutoire. 

 

Après ces événements, le peuple acceptait les arrangements patronaux-syndicaux. Un défilé monstre de français, apportèrent leur soutien au général de Gaulle, chef de l’État. Mai 68, était désormais un événement du passé après lequel rien n'était plus comme avant. La pression sociale et la nécessité de « gagner sa vie » me conduisirent malgré l’échec de la « révolution », à reprendre mes études de kiné, qui correspondaient malgré tout à mon désir naturel de vouloir le bien de chacun.

 

Rétrospectivement et connaissant aujourd'hui les tenants et aboutissants de notre vie ici bas, il m'a été possible de voir autrement les agissements des différents acteurs du scénario ici présenté et de regarder sous un angle plus élevé, la pièce de théâtre qui se joue et dont nous sommes les acteurs, et à nôtre insu, les metteurs en scène.

Étant enfant, j'entendais parfois dire que sous certains aspects de caractère, je ressemblais à mon père. J'avais reconnu en moi de l'intolérance et parfois aussi une tendance tyrannique. À une époque au bord de la mer, je prenais plaisir à attraper une libellule sur laquelle je me livrais à un démembrement en règle. J'ai bien souvent observé ce type de comportement sadique chez des enfants. Ce qui semble s'apparenter à une prise énergétique sur le monde animal (présence d'un gène prédateur dans notre ADN ?).

 

Les souffrances d'enfants se sont en partie diluées avec le pardon accordé, et j'en suis devenu plus fort pour reconquérir ma propre souveraineté et aider chaque être de bonne volonté à faire de même. 

 

La découverte de l'emprise prédatrice vers les années 2000, à encore accru ma volonté de fuir le "bocal" dans lequel nous sommes englués. En y réfléchissant bien et sachant que ni l'autolyse ni la mort naturelle ne suffisent à me sortir du pétrin, ceci pourrait conduire à la folie. Ma psyché parasitée, doit être désengrammée coûte que coûte, quitte à en perdre la raison…

« Le meilleur savoir-faire, n'est pas de gagner cent batailles,

mais plutôt de vaincre sans combattre. » SUN TSU

Gérard/Nemeton

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