Dans ce monde, je suis autiste - par Anna

Bonjour Sand et Jenaël, 

 

Je ne sais jamais ce qu'il faut dire pour commencer une lettre, alors je vais au but.

Il me semble que depuis toute petite, je cherche la vérité. Comme si je n’étais née que pour cela. Cette recherche m’a mise très tôt sur la touche par rapport à ceux que je côtoyais, m’a fait traverser des périodes douloureuses, mais quelque chose de plus fort a toujours maintenu ma tête hors de l’eau, un quelque chose qui m’appartient, qui fait partie de moi, mais qui est supérieur. Je crois que je pourrais imager ce que je viens de dire par, « depuis que je suis née, je lève la tête vers le ciel en demandant qui es-tu ? et qui suis-je ? avec la forte intuition que les deux sont liés. C’est ce lien, cette certitude du lien qui m’a empêchée de mourir ou de devenir folle. (Dans ce monde, je suis autiste)

 

Je suis née dans un certain milieu (catholique), avec un certain langage, et des dogmes, des moralités, des comportements, des pratiques (us et coutumes), le tout martelé pendant toute mon enfance et lorsque je suis tombée, par hasard, sur les articles de votre premier site, je ne comprenais rien aux mots, mais tout résonnait très fort au fond de moi. Moi qui ne m’abonne jamais à rien, je me suis abonnée aussitôt à votre lettre, et je lisais avec passion chaque article, je prenais le temps de les laisser pénétrer ma conscience, parce que je sentais une justesse. Je les relisais en attendant les prochains (c’était long à chaque fois) parce que pour la première fois, je voyais des gens essayer de comprendre ce qu’ils vivaient, lire les synchronicités de la vie, et faire confiance en ce que moi j’appelais la « Providence », cette part qui ne cherche que notre bien, même dans les situations qui paraissent mal (langage chrétien), ou faussées, ou douloureuses à vivre. Une joie, une libération, une paix intérieure à chaque fois que je lisais vos lettres… au-delà de l’émotion, (en tant qu’autiste, j’ai beaucoup de mal à les gérer et j’ai donc appris à chercher ce qui se cache derrière).

 

J’ai ainsi découvert et vécu tout mon cheminement parallèle, je dis « parallèle », parce que tout mon vocabulaire était différent, et donc je ne pouvais partager avec mes mots qui ne ressemblaient pas du tout aux vôtres. Mais je me sentais complètement en phase, même si je n’avais jamais entendu parler de prédations, de karmas, de dimensions, etc…

 

Je répète que j’ai été élevée dans un milieu catholique pratiquant. Milieu dans lequel je me suis toujours sentie à moitié tiraillée. Une partie me parlait fortement, dans les paroles de Jésus que je comprenais toujours d’une autre manière que tout le monde, et une partie me révulsait et me révoltait, et me faisait atrocement souffrir (Je comprends aujourd’hui que c’est la matrice dans le domaine religieux qui me tenait par la culpabilité majoritairement, et par plein d’autres choses que je détaillerai plus tard, au fur et à mesure que ça remonte et que le voile se soulève). Lorsque j’ai lu les lettres du Christ (présentées sur votre premier site) mon cœur battait à cent à l’heure…

 

Pourtant malgré tout, je ne pouvais pas vous écrire, quelque chose m’en empêchait, je doutais, de moi pas de vous, à cause de ce vocabulaire qui nous séparait, et puis surtout, je n’avais jamais rien vu de surnaturel, des rêves oui, beaucoup, dont je ne comprenais pas la signification, mais pas d’ombres noires, pas de visages de prédateurs, pas de vies antérieures, pas de liens karmiques avec des gens autour de moi, que des choses bien concrètes qui passaient par les humains (par exemple, je sens quand les gens ne sont pas sincères, ou que leurs propos sont détournés par l’égo ou l’orgueil ou le profit, quand ils fuient la vérité et la nient, etc…) Au fur et à mesure, j’ai compris que tout cela appartenait bien au prédateur, mais je n’étais que dans les suppositions. Et toujours ce langage que j’ai du mal à intégrer et qui ne vient pas.

 

Par contre, des intuitions, beaucoup d’intuitions que je n’ai jamais voulu abandonner malgré tout le mal que s’est donné la matrice pour me les faire abandonner. Je raconterai plus tard, au fur et à mesure, la dépression de ma mère à la mort de ma sœur, sa double personnalité qui la faisait soit me serrer dans ses bras à m’étouffer en pleurant qu’elle m’aimait si fort, si fort…, soit me battre et m’enfermer des heures et des heures dans un grenier, le mariage-fuite, l’embrigadement dans une communauté catholique en allant jusqu’au dépouillement complet de soi-même, les neufs enfants, 6 accouchés de mon corps, 3 adoptés, les échelons gravis dans cette communauté par le renoncement programmé de moi-même jusqu’à me déclarer « ministre » de cette communauté pour mieux se servir de moi.

 

Un grand STOP tout au fond de moi m’a été donné un mois après avoir été élue, s’en est suivie ma démission avec une lettre explicative, et un déchainement de certaines personnes qui m’a obligé à couper les ponts avec tout et à me cacher pendant plusieurs années, dans une nuit de l’âme profonde, où tout ça a pris sens au fur et à mesure de ma recherche qui s’est toujours poursuivie, mon questionnement sur le pourquoi, le comment qui m’habite continuellement. J’écrivais des livres pour tenter de décrypter à travers des histoires (que je croyais inventées) la vérité, en décortiquant les vies dans des personnages de romans, pour aller plus loin. Avec toujours cette interrogation en moi, est-ce bien moi qui invente tout ça ?

 

Mais même là, j’ai été rattrapée par la matrice, car si très vite j’ai été éditée, très vite aussi, on m’a empêché d’écrire certaines choses qui ne correspondaient pas à la matrice. (Une parenthèse que je développerai plus tard aussi, à mon grand émerveillement, je me suis rendue compte que certains lecteurs avaient entendu à travers ce qui restait ce qu’on m’avait fait enlever… comme quoi, ceux qui veulent entendre entendent…)

 

Je suis consciente que ce que je vous raconte en résumé non détaillé est un peu fouillis, pourtant je sens que vous allez entendre…

 

Je reviens à aujourd’hui : ayant du mal avec la présence physique des personnes, je suis une personne de lecture et d’écriture, je n’écoutais donc jamais les vidéos, je ne faisais que lire les articles sur votre site. Et donc, je suis tombée sur les commentaires des vidéos de Vicdessos. Et là, j’ai lu toutes ces personnes qui avaient pleuré !!! Moi qui ne pleure jamais !

Moi qui ai crié, enfant, sous les coups qui engendraient une souffrance physique, mais pas pleuré, comme si de larmes, je n’en avais pas, ou plus, ou peut-être que je les empêchais de sortir, je ne sais pas. On m’a souvent dit enfant, que je n’avais pas de cœur, et pourtant, je suis ultra-sensible. Je ne supporte aucune violence ni à la télé, ni dans les comportements, ni sous-jacente, mais ce ne sont pas des larmes qui me viennent alors, c’est la colère, c’est le désir de changer les choses, de les surpasser pour ne pas se laisser noyer par elles (j’ai peur de l’eau dès qu’elle touche mon visage), bref.

 

J’ai bien compris qu’il y avait là quelque chose à comprendre, la colère est là pour nous apprendre, tout est apprentissage, et comme depuis longtemps, depuis le nouveau site, je me posais la question de savoir si mon existence devait me faire passer par les Léos, quelque chose m’attire sans comprendre quoi (je fuis pourtant, à présent, absolument tout groupe humain, et toute communauté dont je sens immédiatement les prédateurs que je n’arrive plus à supporter, car ils m’épuisent aussitôt.

Je mets des jours à me remettre d’une réunion familiale ou rassemblement humain quelconque, même en petit nombre, même ma propre famille, mes propres enfants, que je n’arrive plus à voir tous ensemble… mais c’est encore un autre chapitre à venir), bref. J’étais curieuse de voir pourquoi les Léos pouvaient pleurer…

 

Si tout est apprentissage, il n’y a donc pas de raison de pleurer, seulement de se réjouir, (je n’ai jamais pu pleurer à un enterrement, pour moi, il n’y a aucune raison, personne n’est séparé, tout est lié dans une dimension supérieure, c’est sur cette terre que tout semble dissocié, et donc on recrée des liens parce que sans le savoir c’est notre nature d’être unis), mais qui n’en sont pas, qui ne sont que des illusions parce qu’ils prennent appuis sur des fausses croyances (comme les morsures d’amour dont vous parlez). Ces liens que j’appelle « attachements humains », font souffrir de milliers de façons, et ce sont eux qu’on pleure aux enterrements, (voilà pourquoi entre autre on pense que je n’ai pas de cœur, car je ne semble attachée à personne, pourtant, je sais que moi-aussi j’ai mes détachements à faire, car j’ai un prédateur moi aussi, mais qui agit d’une façon si subtile que c’est de plus en plus difficile de voir ses interventions. J’ai été si loin déjà dans mes recherches, j’ai expérimenté tant de choses) bref, je voulais comprendre pourquoi les Léos pouvaient pleurer. 

 

Pour faire court, je n’ai pas pleuré, mais c’est pour autre chose que mon âme m’a poussée à écouter ces vidéos. Ce n’était en fait qu’un prétexte… (pour l’instant en tout cas)

 

Pendant huit jours, je les ai visionnées à la suite. Et tout ce que je n’avais pas vraiment compris dans mes lectures, à cause du vocabulaire, m’a été expliqué. L’interaction entre les personnes en direct apportait une nouvelle compréhension, et donc une nouvelle richesse, complémentaire aux écrits. Mais d’abord, un détail.

J’ai pris une vidéo au hasard d’abord pour voir si j’étais capable de la regarder, et je suis tombée sur un bout où c’était Jenaël qui parlait. Je ne l’avais jamais vu ni entendu ! Mais en l’entendant, j’ai été surprise, car aussitôt, il m’a rappelé mon grand-père que j’adorais, qui est mort quand j’avais une dizaine d’année. C’était mon premier enterrement, et pourtant je n’ai pas pleuré. J’avais même un sourire sur ma figure. Ma mère n’a pas compris (elle qui me reprochait d’être sa petite fille préférée), que je sois aussi insensible ce jour-là.

 

Bref, il parlait exactement comme lui, (bien sûr, si on sait que j’habite à dix kilomètres de Saverne, on pourrait se dire que ce n’est pas étonnant, c’est l’intonation, l’accent, mais je savais moi que c’était bien plus, c’était une manière de m’aider à entrer physiquement avec mes oreilles trop sensibles (tous mes sens sont exacerbés, on m’a dit que ce n’était qu’un des caractères de l’autisme, mais je raconterai aussi plus tard, comment nos sens sont là pour nous apprendre ce qui se passe à l’intérieur de nous), donc c’était une manière de m’aider à entrer dans les vidéos. A chaque fois que j’avais envie d’arrêter, car je sentais des choses qui n’allaient pas, comme par hasard, la voix de Jenaël venait m’apaiser en reposant les choses à leur place. Et mon grand-père s’appelait Léon !!! Cette prise de conscience m’a fait entrer, rassurée, dans la première vidéo. 

 

Je pourrais écrire des pages et des pages sur ce qui s’est passé pendant ces huit jours d’écoute. Tout est allé à une vitesse vertigineuse au niveau de la révélation et de la compréhension. 

 

Aujourd’hui, je ne vous raconterai qu’un exemple, celui qui me pousse à prendre mon ordi pour vous le partager : 

Je vous disais que j’ai passé ma vie à chercher « qui suis-je, et qui es-tu, toi que je sens en moi ». Si j’ai cheminé en découvrant petit à petit à quel point le qui es-tu supérieur et futur est si puissant que nous n’avons besoin de rien d’autre sur la terre, le qui suis-je présent et passé m’était totalement inconnu. Je ne savais ni d’où il venait, ni s’il venait après plusieurs autres vies (je suis née, je le rappelle dans un milieu catholique avec l’aveuglement depuis l’enfance par l’apprentissage qui prône que nous n’avons qu’une seule vie que nous devons donner pour les autres, en nous reniant complètement, en portant notre croix, et en mourant martyr, c’est ce qui est donné de plus grand, et j’étais exactement partie pour ça…), ni ce que mon passé (ou karma ?, je ne sais pas encore comment l’employer) était ou avait pu être. Et en visionnant les vidéos, je me suis demandé pourquoi je n’avais aucune information sur ça, alors que tous, vous sembliez savoir et connaître ce que vous aviez traversé, qui vous étiez, et même les liens entre vous (la fille qui devient la mère pour Sand, le conjoint qui devient le fils pour François, etc… ), au moment où je me demandais pourquoi moi je ne savais rien.

 

J’entends Sand qui dit que lorsqu’on veut savoir quelque chose, il faut le demander à son âme, et elle va mettre en place les choses pour nous éclairer. Aussitôt, j’arrête la vidéo et je demande en moi-même. (J’ai mis huit jours à les visionner, car j’arrêtais sans cesse pour mieux intégrer, j’écoutais un bout, et puis je laissais descendre en moi, avec toutes les portes ouvertes, sans limites mentales.) Et ce matin, en me réveillant, je savais.

J’ai compris que je savais depuis toujours, mais je ne voyais pas. Tout se trouve dans les romans que j’ai écrits. Je n’ai rien inventé, tout est là. 

 

Deux exemples : 

Je ne vous raconte pas les choses dans l’ordre chronologique, mais dans l’ordre de ma compréhension.

Au milieu du mois d’août de cette année, nous étions en randonnée dans les Pyrénées avec mon compagnon (que je ne veux plus appeler mon mari, et cela prend de plus en plus sens, ça aussi, je le raconterai plus tard), lorsque me vient en marchant, l’idée d’un roman. Au fur et à mesure que j’entre dans l’idée, tout se met en place de lui-même, les circonstances, les intrigues, dès que je pense aux personnages, ils se forment instantanément dans ma tête, avec un caractère, un physique, une histoire, sans que je la cherche réellement, ça m’impressionne toujours, et je le raconte en live sur le chemin de randonnée à Camille (mon compagnon, c’est l’un de ses prénoms qu’on prononce Camile au masculin, comme Anna est l’un de mes prénoms que je préfère).

 

Voici la conversation :

-        Camille, j’ai envie d’écrire un roman, mais c’est complètement fou, c’est tout ce que je fuis… J’ai envie, et en même temps je ne sais pas si j’en serai capable.

-        Moi je sais que tu es capable si tu en as l’envie.

-       Mais c’est un roman violent ! Enfin, pas vraiment… aux yeux du monde, c’est ultra violent, mais moi je veux montrer qu’en fait cela ne l’est pas !

-        Alors il ne faudra pas enlever cette part de violence, ne pas la nier comme tu aurais tendance à le faire… 

-       C’est bien pour ça que je dis que je ne sais pas si j’en serai capable, mais en même temps, j’ai toute l’histoire dans ma tête, et c’est fort en moi.

-        Alors va-s-y. 

-        Ça se passe dans un camp de concentration !

-        Encore ? 

 

Je ne supporte pas tout ce qui a attrait aux camps, je déteste entendre quoi que ce soit là-dessus, c’est épidermique. Or, il y a une vingtaine d’années, nous sommes allés en voyage en Pologne avec la communauté catholique, c’est d’ailleurs là-bas que nous avons fait notre « engagement », sauf qu’il était prévu une visite à Auschwitz.

 

Lorsque j’ai su ça, j’ai refusé de participer au voyage. Camille s’est renseigné, on n’était pas obligé de participer à tout, on pouvait rester à la pension ce jour-là. Rassurée, nous nous sommes inscrits. Or, peu avant de partir, les organisateurs ont demandé à chacun de préparer un « spitch » sur un endroit que nous allions visiter, à lire dans le bus aux autres. Or, (à ce qu’il paraît), les sujets étaient tirés au hasard.

Je vous le donne en mille, on m’attribue la visite à Auschwitz ! Une colère immense monte en moi, je ne veux plus y aller, je veux me désinscrire. C’est alors que Camille me donne une idée.

– Tu n’as qu’à écrire pourquoi tu ne veux pas y aller (je le lui avais expliqué en long et en large, pourquoi aller se nourrir sur les lieux de toutes ces ondes plus que négatives et de toute cette douleur qui continue à remonter et se répandre par les cérémonies du souvenirs. Je n’ai pas besoin de voir et de côtoyer cela pour être bouleversée et savoir que « plus jamais ça ». Il y a pour moi une forme de voyeurisme de quelque chose de malsain à continuer à visiter ces lieux) et moi, propose-t-il, en guise de « spitch », je le lirai dans le bus de ta part !

– D’accord !

Je suis soulagée et je me mets à écrire ce que Camille lira dans le bus.

Le jour-là, où plutôt la nuit qui précède, je ne dors pas, il y a un véritable combat dans mon être. - Tu dois y aller, - non je ne peux pas, - si, - non, - tu dois apprendre à dépasser les choses, - mais là-bas, on ne dépasse rien, on subit, il y a des lieux où le mal est trop fort, où il gagne, - non, il n’a pas gagné, tu le sais, et tu vas le prouver en n’ayant pas peur d’y aller. - Non je ne peux pas ! - Si tu peux, il suffit que tu dises « oui ». - De toute façon je ne peux plus, je n’ai pas de spitch préparé. - Si tu en as un. - Non, je l’ai écrit pour expliquer pourquoi je n’y vais pas, si j’y vais, je n’ai rien. - Et bien tu l’expliqueras en transparence. Toi qui veux toujours la transparence, d’ailleurs, tu sais que tu dois y aller, tu le sais tout au fond de toi. 

 

Et voilà, un de mes côtés avait perdu, l’autre gagné, enfin, je ne savais trop ce jour-là ce que je gagnais ou perdais, j’étais dans un état de stress incroyable ; au lever, je dis à Camille : - j’y vais ! Il ne fait aucun commentaire.

S’il m’avait dit le plus petit mot de compassion genre, tu n’es pas obligée, je crois que je serais restée, mais il n’a absolument rien dit. Et je suis montée dans le bus.

 

Le stress, comme souvent, en tant qu’autiste, le stress me déconnecte de ma réalité insupportable, soit je meurs tellement c’est insupportable, soit j’accepte de vivre les évènements sur un autre plan, en me laissant porter par une instance supérieure. Alors je lâche tout et je quitte ce monde, on ne peut pas me parler, je suis dans une bulle, je n’entends personne, je ne vois personne, c’est là que les gens comprennent que j’ai « un grain », voilà entre autres, pourquoi dans l’esprit des gens l’autisme est une forme de folie… Mais en réalité, je ne suis jamais autant moi-même que dans ces moments-là. La peur me quitte, et je pourrais dire n’importe quoi, on pourrait me lyncher que tout me serait égal. Mais je ne dis pas n’importe quoi justement, je vais chercher au plus profond de mon être, les paroles les plus justes possibles de ce que je crois que j’ai compris.

 

Quand le temps du micro est arrivé, telle une automate, je me dirige à l’avant du bus, et je raconte tout, depuis le début, juste mon expérience, telle qu’elle a été, sans explication, juste les faits, on prend, on ne prend pas, qu’importe et je reviens m’asseoir. Ça ne ressemblait pas du tout aux exposés historiques des autres lieux qui ont été faits avant, ce n’était même pas spirituel, (la vie de Saint Maximilien Kolbe, par exemple, où son martyr dans ce camp que nous allions visiter), non, simplement ce que je viens de vous raconter plus haut.

 

En descendant du bus, plusieurs personnes sont venues me voir, les larmes aux yeux pour me dire merci, parce qu’en elles, il y avait la même chose, une peur qu’on n’ose pas dire, des réticences à aller là-bas, et j’ai vu couler plein de larmes dans les yeux des autres, mais les miens restaient secs.

 

Je n’étais pas revenue encore dans la réalité, le plus dur pour moi restait à venir, la visite ; nous arrivions à Auschwitz. J’ai tout traversé le dos droit, impassible, les yeux secs. Je regardais sans voir, concentrée à ne rien laisser entrer pour gérer les battements de mon cœur. Si je n’y prenais pas garde, il risquait de battre si fort, qu’il pouvait me filer entre les doigts. Et je l’écoutais battre, en lui imprimant mon propre rythme. Et je me suis trouvée, je ne sais comment, devant le bunker de la faim, où Maximilien Kolbe a été condamné à mourir de faim avec neuf autres personnes.

 

Là, sans que je comprenne, je suis tombée à genou, avec cette phrase au-dessus de ma tête, - dis oui, - non, je ne veux pas, - dis-oui !, - mais à quoi ?, - dis-oui, - je ne peux pas, et au moment où je pense que je ne peux pas, voici qu’en moi je dis : - oui.

 

Et je le prononce encore et encore, oui oui oui oui oui, sans savoir pourquoi, sans savoir à quoi je dis oui, mais plus je prononce ce oui, plus je suis capable de le dire, mais je ne sais pas à quoi je dis oui, je crois même, au moment-là, parce que je viens d’entendre l’histoire de Maximilien Kolbe que comme lui je suis appelée au martyr. Et je dis oui peut-être au martyr comme lui, parce que je sais que je veux aller au bout, même si à l’époque, je ne savais pas quel était le bout. Le bout de la religion catholique est le martyr, alors je dis « oui » à ce bout. 

 

Et puis j’oublie. C’est dix ans plus tard, que par hasard, j’écris un roman sur un enfant qu’on envoie par erreur dans un camp de concentration et qui rencontre Maximilien Kolbe. Comme mes autres romans, il passe par la censure de l’éditeur qui enlève une partie de mon message et me pousse à édulcorer. Mais je ne m’en fais pas, car je sais maintenant qu’on ne peut pas censurer la vérité, les oreilles qui veulent entendre, entendent…

 

Entre temps, un auteur arrive dans ma vie. (J’en parlerai aussi plus tard un jour), mais là, il suffit de savoir qu’il me demande de l’aider à écrire un livre sur un vétérinaire noir qui meurt dans un camp de concentration (Camille est vétérinaire), et qu’en échange, il peut m’apprendre à écrire plus littérairement pour élargir mes possibilités d’être éditée. Une collaboration commence. Je me suis beaucoup investie dans ce livre qu’il écrivait, avec l’aide de Camille avec qui je partageais oralement, voilà pourquoi Camille me fait cette réflexion quand je lui dis que mon prochain roman se passera dans un camp de concentration : - encore ! 

 

Je reviens donc à cette discussion du mois d’Août. Et je lui raconte en détails l’idée qui vient de me traverser :

-        Oui, je vais écrire le martyr des dix personnes qui ont été condamnés à mourir dans le bunker de la faim, et montrer que ce n’était pas un martyr, mais une grâce.

-        Ouah ! quel sujet ! Difficile !

-        Je sais, mais tous les personnages me viennent en y pensant, avec une histoire qui se déroule d’elle-même. L’auteur sera l’un de ces personnages, celui qui mourra juste avant Maximilien que l’on a dû achever avec une piqure. Ce personnage sera le personnage principal, et on vivra tout son cheminement. Il va lutter jusqu’au bout dans le seul but de pouvoir s’enfuir du Bunker. Mais il va être rattrapé dans son histoire par l’expérience des autres.

Et je continue à lui donner des détails, il est époustouflé, il me dit :

-        Mais quelle imagination, c’est fou ! Elle est géniale, ton histoire.

 

Sa réaction, comme toujours m’encourage, et dès le soir même, je me mets à chercher ce qu’on sait exactement sur Maximilien Kolbe pendant ces jours d’enfermement. Je tape son nom sur internet et je découvre que nous sommes le 14 Août, jour de la fête de Maximilien Kolbe, et surtout, veille de sa mort dans le camp.

Je suis bouleversée. Cette synchronicité d’où vient-elle ?

 

Je sais que je dois l’écrire, je n’ai pas été très loin dans le premier roman, en tout cas, pas assez, je me suis laissée restreindre par la couleur catholique de mon éditeur, je dois aller plus loin, quitte à ce qu’il refuse de l’éditer.

 

Et voilà qu’après avoir demandé à mon âme supérieure mes antécédents, tout s’éclaire, je les trouve dans ce roman et les autres. Tout était là, c’était moi le neuvième condamné, c’est une évidence, je ne voulais pas mourir dans ce camp, je me suis battu, révolté, et il fallait pourtant que je dise « oui », ce « oui » que j’ai été amené à dire dans cette vie pour continuer à grandir, et que je vais creuser en écrivant un roman. 

 

Autre exemple par rapport à l’écriture ou comment la conscience supérieure nous met sur la voie pour répondre à nos interrogations.

 

J’entends parler d’un roman, « la tresse » la vie de trois femmes dans trois pays différents, tout de suite, j’ai envie de le lire. Mais au moment de le commander, je reçois par Facebook des commentaires d’une auteure sur ce livre qui le descend complètement, je vous épargne les commentaires qui me fait abandonner ma commande. (Bien sûr la prédation ne veut pas que nous comprenions, mais la Providence veille -- J’appelle la Providence la voie par laquelle la conscience supérieure apporte la connaissance).

 

Peu de temps après, je vais dans ma librairie habituelle, et je vois en tout premier, le livre « la tresse », et je me dis, « tiens, c’est marrant, j’ai une tresse aujourd’hui », (j’en fais très rarement). Voilà la libraire qui arrive, et me dit :

 

-        Oh je viens de lire un livre, et j’ai pensé à vous tout au long de la lecture en me disant que c’est un livre que vous auriez pu écrire, d’ailleurs, c’est drôle, c’est la première fois que je vous vois avec une tresse et c’est exactement le titre du livre ! 

Il ne m’en a pas fallu plus pour acheter le livre. Je l’ai dévoré en un jour. Une partie se passe en Inde, dans le monde des intouchables. Je suis passionnée depuis toute petite par l’Inde, d’ailleurs, j’ai écrit un roman dont une grande partie se passe là-bas. Un lecteur m’a dit un jour, j’adore l’Inde, j’y vais régulièrement, on voit que vous aussi vous la connaissez parfaitement, dans votre roman, tout est si juste. Or, je n’y suis jamais allée. 

 

La nuit qui a suivi ma demande de connaissance de vies antérieures, j’ai rêvé que je vidais des latrines avec mes mains. En me réveillant, j’ai tout de suite fait le lien avec ce roman qui me bouleversait, ma passion pour l’Inde, le monde des intouchables, etc…

 

Oui, j’ai vécu là-bas, et j’ai subi des atrocités. Je l’ai compris d’un coup, c’était une évidence. J’ai compris aussi que j’ai vécu mes dernières vies en victimes, et celle-ci a commencé de la même façon. J’ai été battue, humiliée, et j’ai été en colère intérieure pendant mon enfance, et une grande partie de ma vie d’adulte.

L’autisme y est pour quelque chose et en même temps je le bénis, car il m’a protégée aussi, m’a permis de rester intact. J’ai dit « oui » (pour fuir ma mère) à un homme qui m’a demandé en mariage et qui ressemblait à ma mère. Dès les fiançailles, je me suis retrouvée dans un nouvel enferment et le non-respect de qui j’étais. Et il y a eu beaucoup de choses douloureuses où je me sentais victime, et tous les enfants qu’il me fallait mettre au monde, ça n’en finissait pas, et l’expérience de la communauté, mais tout est devenu si violent, (les prédateurs à travers la communauté, et certains des enfants), que cela a réveillé mon mari, qui progressivement est passé du statut de mon mari à mon compagnon. Il fait un chemin incroyable. 

 

Ma recherche de la vérité a toujours été ma priorité, je n’ai jamais gagné d’argent, ou ponctuellement et très peu, et dès que j’en ai, on me le demande. En réalité, je me moque de l’argent, je sais que je suis bénie et que je ne manquerai jamais de rien. mais je sais aussi que dans l’autre sens, la prédation est présente, elle me tient autrement, et il faut encore que je la débusque, parce que je désire tellement être complètement indépendante depuis toute petite, si indépendante que je ne demande jamais rien à personne, que j’en ai été jusqu’à jeûner pendant des jours pour me prouver que je pouvais vivre avec rien, et que donc, rien n’avait d’emprise sur moi.

 

Et quand j’ai compris cela, j’ai compris que c’était encore une ruse de mon prédateur. Je me suis remise à manger, parce qu’il y a là aussi quelque chose à comprendre. Quand ce sera le moment, dans d’autres dimensions peut-être, je ne mangerai plus, mais pour l’instant, je suis sur la terre, et chaque chose en son temps, il faut d’abord faire tout pour récupérer notre potentiel, et ne pas brûler les étapes… et donc je mange de tout, un peu. Mais en vérité, pour l’instant encore je me bats avec la nourriture, je me suis toujours battue avec elle. On m’a tellement forcée à manger ce que je ne pouvais pas manger (la nourriture pour les autistes, c’est compliqué d’après le monde, pour moi c’est simple, mais comme dans beaucoup de domaines, on m’a toujours forcé à aller là où je ne voulais pas) et depuis vos vidéos, je prends de l’iode. (L’iode a t-elle participé à cette compréhension soudaine ?) Ma fin est pêle-mêle, mais je décrypterai au fur et à mesure, plus en détails… Je vais m’arrêter pour aujourd’hui.

 

Je sais que je vois certaines choses, beaucoup même, mais que mon prédateur à moi (ou mes prédateurs ? je ne sais rien d’eux, ni qui ils sont, ni d’où ils viennent), est très subtil, et il agit avec habileté. J’ai compris que vous alliez pouvoir m’aider à voir ce que je ne vois pas. N’hésitez pas à poser votre doigt sur les points où vous le sentez, et je continuerai ma quête dans ce sens… J’ai très peu de connaissances, elles sont pour beaucoup enfouies tout au fond de moi, et parfois dans ma tête, tout se mélange mais je veux tout comprendre.

 

Merci de m’avoir lue.

Anna (dans le 57)

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Commentaires : 5
  • #1

    Isa (jeudi, 14 septembre 2017 20:06)

    Merci beaucoup pour ce partage, qui contient pour moi des clés de compréhension. Je vais essayer d'écouter ces fichues videos, fichues pour moi qui suis malentendante, les voix ne sont pas toujours fortes et c'est vraiment galère.
    En tout cas merci, merci, merci.
    ça m'a fait poser la question si je ne suis pas un peu autiste quelque part, mais bien rentrée dans le moule en force, ça passe inaperçu. Mais je n'ai pas pu faire le métier pour lequel je m'étais formée car je ne savais jamais si je devais traduite ce que les gens pensaient ou ce qu'ils disaient...

  • #2

    MARIELLE (jeudi, 14 septembre 2017 21:40)

    Bonjour Anna,

    J'ai ressenti plein de frissons en parcourant ton témoignage, signe pour moi de la justesse de tes propos. Ton message m'a scotché, par la Force qu'il dégage (Force nucléaire faible, je précise).
    Tu sais, je crois que nous sommes beaucoup à être autistes, à des paliers différents.
    Tu penses ne pas avoir de connaissance alors que La Connaissance transpire dans tes propos.
    J'ai perçu au début de ton témoignage que ton impossibilité de pleurer était liée à une de tes vies, sûrement la plus violente émotionnellement et c'est effectivement la révélation que tu en as eu, par rapport au camp de concentration.
    Ton histoire fait écho sur beaucoup de points avec les révélations que j'ai conscientisées d'une de mes vies.
    La subtilité de ton prédateur vient du fait que depuis longtemps, il t'enseigne et se tient au service de ta supraconscience, à laquelle tu as toujours eu accès, plus naturellement que les personnes "non autistes".
    Merci pour ton témoignage qui m'a profondément touché.

    Marielle
    inscrite au Cénacle (départ 28)

  • #3

    François Y (jeudi, 14 septembre 2017 22:20)

    Bonjour les Léos, Bonjour Anna,

    J’ai bien entendu ton message, il m’a touché depuis le début.
    J’y ressens de la sincérité, de la transparence.
    Intuition, sensibilité sont des atouts importants et non des handicaps !
    Bienvenue sur le réseau Léo.
    François Y.

  • #4

    Ursule (jeudi, 14 septembre 2017 22:43)

    Bonjour Anna,

    Tant de délicatesse, on dirait un doigt qui affleure la peau. Cette façon d'approcher le réel me touche beaucoup..

    J'ai eu longtemps du mal à entrer en communication et encore aujourd'hui, c'est le miroir réponse qui m'aide. C'est peut être ça le lien au prédateur que tu cherches. J'essaye pour ma part de prendre les devants, comme toi grande sensibilité et intuition en conséquence. Je me protège avec ça. Mais je crois que j'essaye d'éloigner ce miroir maintenant, pour ouvrir mon monde. Et trouver mes racines.
    Je me permet de te laisser un message, ton partage parle à ma quête.

    Ursule

  • #5

    Marie-Odile (vendredi, 15 septembre 2017 09:49)

    Qu'est-ce qu'un Léo, si ce n'est celui ou celle qui a soif d'une vraie communication qui permet de se voir en toute transparence, laissant ainsi à l'autre la liberté de s'exprimer et de profiter de toute expérience relatée intègrement... et inversement! Tout le monde en profite, l'émetteur comme le récepteur, pour peu que la quête soit authentique et désintéressée.
    Dernièrement, j'ai lu qu'une des incarnations de Vishnou, dieu hindou du maintien de la vie ( Brahma est le créateur et Shiva le destructeur ), est représentée par un homme à tête de lion. Ce qui, en fait, est le contraire du Sphinx, corps animal à tête humaine. Pour ma part, je préfère l'humain à tête de lion car le sphinx évoque pour moi l'intelligence mentale au service du corps et de ses bas instincts, alors que Vishnou est tout l'inverse. C'est l'intelligence du corps "naturel" mise au service de l'être humain.
    Bienvenue chez les Léo, Anna, heureuse de voir que la famille s'agrandit.