En rage - par Layla

 

« L'esprit tyran essaie de se cacher à lui-même ces choses ; mais l'esprit libre les a depuis longtemps éclairées. » (Alain, Propos, 1932, p. 1096).

 

Il subsiste en moi une part qui recherche le conflit et la division. Je ne peux plus le nier. D'aussi loin que je me souvienne, de l'enfance à l'âge adulte, il y a toujours eu ces deux Layla distinctes, celle qui est en paix, en joie, dans l'ouverture et celle qui, torturée, souhaite la guerre, entretient la haine et rejette le monde. Je n'ai eu de cesse de croiser des miroirs qui me le montrait. Je n'ai eu de cesse de fuir cette image que l'on me renvoyait. "Comprenez-moi !" disais-je.

 

Le petit tyran m'habite, m'assiège, m'enveloppe. Je le rejette comme une honte, un poids, une tare, une présence qui ne devrait pas être. Etre en moi, dans la conscience, dans l'expérience.

Le petit tyran est fomenté à travers un sentiment d'injustice, de colère, de rage, de haine. Il est mon talon d’Achille.

Le petit tyran m'enferme dans sa vision. Il est la partie animale, instinctive de survie. Celui qui n'a pas eu d'autre choix que d'être ce qu'il était à un temps donné. Le petit tyran n'a pas confiance en l'autre, il en a peur. Il s'imagine mille et une conspirations et attaques. Il est le passé nécessaire en son temps et inutile maintenant. Il est une identité résiduelle que l'on appelle l'alter. Ne pas aller en profondeur, rester en surface. Garder vivant en soi ce tyran. Je voudrais vite passer à autre chose. Balayer cette chose qui me gêne.

 

Je pense au témoignage de Beth dans "Les enfants de la rage" dans lequel j'y reconnais une rage familière. Cette envie de blesser pour assouvir sa propre douleur. Et par là même, croître la source de plaisir.

 

Selon Platon, le tyran est une des quatre catégories d'hommes coupables : les premiers sont ceux qui briguent les honneurs, les deuxièmes ceux qui désirent les richesses, les troisièmes sont les démagogues, les derniers sont les tyrans (Apulée, De la doctrine de Platon, livre II.)

 

Aujourd'hui, dans le groupe, l'alter petit tyran se manifeste le plus intensément avec Hélène. Hier, dans mon ancienne vie, il se manifestait avec mes proches.

 

« Aie confiance et pas juste lorsque tu as besoin d'aide ! » 

Voici une phrase adressée à la fois à la partie prédatrice et à l'En-je. Une sorte de court-circuit mental se fait. Je me cache, je fais semblant de ne pas entendre. Cette phrase me reste en tête néanmoins et fait son chemin. Elle a été prononcée par Jenaël, la bêche à la main, il y a 4 mois, pendant que je tentais de convaincre mes acolytes de l'enfer que je traversais.

 

Je remarque que je n'arrive pas à accepter directement les vérités. Elles passent d'abord par le biais du prédateur, mon identité passée. Les vérités me font mal et me blessent. Elles mettent en lumière les parties cachées qui souhaitent le demeurer. Pour finalement transiter vers cette partie qui souhaite apprendre.

 

Lorsque je m'adresse à une personne du groupe, je suis directe, sans complaisance et je tiens peu compte de comment mes propos vont être reçus. Lorsque je retourne le miroir, je vois que je fais à autrui ce que je ne voudrais pas que l'on me fasse. Ce qui m'amène et me propulse à regarder cet illogisme : ma lâcheté. Nous sommes ici pour mettre à plat ce qui nous traverse, vider nos tripes et continuer. Bon, j'ai du boulot !

 

« ...Travailler de manière collégiale et fraternelle à votre changement de conscience par l'expérimentation, l'intégration et le partage… »

 

"« ...l'Ange représente "notre grand Soi" du futur ! Il est la manifestation d'une partie de nous qui nous ouvre le chemin et qui sait déjà ce que nous devons apprendre. » Cahier de l'Ange n°23.

 

Voilà la raison pour laquelle je vis avec Hélène et Loredana dans cette maison. Ceci je dois me le répéter tel un mantra les moments où je suis prise d'agacement intense envers elles. Agacement vis-à-vis de ce qu'elles me montrent. Que me montrent-elles ? Que vois-je ? La peur d'être vue ! Qui se reflète à travers moultes manifestations de choses dites en surface ou édulcorée et de déni plein la bouche, plein les yeux.

 

La peur : État, comportement d'un groupe social qui se sent menacé dans son existence ou ses intérêts.

 

« la peur de paraître ce qu'il est ou ce qu'il n'est pas, la peur surtout qu'on ne lui manque en fait une marionnette qui ne se meut presque qu'à l'aide de fils extérieurs et n'a presque plus d'impulsions un peu propres." » Gide, Corresp.[avec Valéry], 1895, p.234.

 

Inutile de préciser qui manie ces fils.

Je me rends service au plus profond si je partage mes peurs et mes hontes. Alors je le fais, le plus souvent quand cela déborde et le reste du temps je dissimule jusqu'à ce que cela déborde de nouveau. Le fait de dire est très important car cela permet de mettre en lumière ce qui est caché, d'avancer, de s'alléger, de grandir.

 

Certaines personnes du groupe m'aide à oser exprimer ce qui doit l'être. Elles m'inspirent à sortir du non-dit ankylosant. D'autres m'aident à prendre du recul sur ce qui me traverse. Je fais référence à la honte et la culpabilité. D'autres font office de taser lorsque je me sens confortable, prête à exclure tout nouveau changement en moi. Ces différentes phases sont complémentaires et font partie du processus de libération. Le groupe incarne à l'extérieur ce dont j'ai besoin à l'intérieur pour me connaître, avancer, accroitre mon intelligence, mon intuition, ma conscience !

 

« Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire les miracles d'une seule chose. »Hermès Trismégiste. Cahier de l'Ange n°23

 

Layla (cen11)

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Gérard Nemeton (dimanche, 13 octobre 2019 13:30)

    Merci pour ce beau message touchant qui révéle en moi même le "petit tyran" ! Je compte beaucoup apprendre comme toi même de l'effet de groupe ... Laisser sa pudeur naturelle au vestiaire permet sans aucun doute de se montrer à nu pour mieux progresser !