Les résistances, le territoire, les peurs, la vulnérabilité du prédateur - par Layla

 

Je suis poussée à lâcher prise à travers des anecdotes-aventures du quotidien, lâcher prise sur ma partie SDS, ma partie prédatrice afin d'identifier et faire grandir la part SDA. Le jeu de jonglage est difficile à manier. Les balles sont légères mais le mouvement est rigide, mécanisé, sans fluidité. Les résistances sont fortes, qui a tort, qui a raison ? Qui est du bon côté, qui est du mauvais ? La dualité en première réponse. L'opposition entre le camp des gentils et des méchants. Et c'est toujours moi la gentille, la victime, l'honnête...

Et puis un souffle d'air survint, alors, plus légère, je vois que les détails qui prennent toute la place ne sont que le voile qui sépare ce qui est important pour apprendre, grandir de ce qui ne l'est pas. Le courage dans cette aventure où l'action est imperceptible et intérieure, c'est celui d'apprendre à se d-é-s-i-d-e-n-t-i-f-i-e-r malgré l'hypnose des guerres personnelles des prédateurs. Articuler lentement ce mot afin qu'il s'ancre dans ma compréhension. Se répéter que le prédateur est une partie de moi passé figé mais n'est pas le Soi présent immuable . Le prédateur que j'ai associé à moi pendant tant de temps. Le prédateur qui incarnait mes défauts et mes qualités. Celui qui me personnifiait et que je suis amené à regarder aujourd'hui coûte que coûte.

 

Nous sommes samedi et j'ai emménagé depuis mardi avec Hélène et Loredana dans une maison avec 3 chambres. Voici le récit des résistances rencontrées jusqu'alors.

La chambre dans laquelle je réside contient un lit mezzanine 1 place, une grande armoire, une commode et une douche. La douche sera utilisée par les habitantes + Eli qui vient de déménager pour une nouvelle cohabitation. Je rejette le fait qu'elles lavent leur corps dans mon espace privé.Une lutte intérieure m'accapare qui occupera mes pensées une journée. La vapeur d'eau, les odeurs et l'eau sale de leur intimité qui coulent dans les canalisations tournent en boucle dans ma tête. Des mémoires d'alters qui ont été très présent au cours de ma vie vis à vis de l'intimité en général, le territoire, les organes génitaux, la sexualité.

 

Je pioche dans le dictionnaire Martel, les résonances.

 

Pour organes génitaux :

« Centre relié au plaisir de la vie et de la créativité, j'éprouve avec ma sexualité une peur, une culpabilité, de la honte, de la méfiance, des regrets, de la colère, notion de plaisir et connection avec l'enfant intérieur blessé, rejet du corps, conflit intérieur, difficulté dans la communication et le partage, je ne me sens pas respecté-considéré, difficulté à faire confiance aux gens, je me sens coupable d'être qui je suis, notion de mal lié à la sexualité, rejet du principe féminin et masculin »

 

Il est clair que je voudrais ignorer ma sexualité, mon corps, mes besoins, mes problèmes, le mal et le mâle.

 

Principe féminin :

« Les maux féminins m'indiquent que j'éprouve des difficultés à accepter à être femme. Agir pour répondre aux attentes de ce qu'une femme doit être me fait peur, j'ai peur de me soumettre, »

 

Oui peur de me soumettre au patriarcat, au matriarcat. Ni homme, ni femme. Ne pas exister en tant que matière. N'avoir ni place, ni existence. N'être engagée à rien.

 

La semaine dernière, j'étais confrontée majoritairement à l'apprentissage de ce qui définit l'attachement. Les semaines qui suivront, je serais submergée par la culpabilité et l'esseulement et amenée à plus et mieux comprendre l'entité prédatrice en moi et chez autrui.

 

Le lendemain de mon emménagement, Hélène me demande d'uriner dans un pot. (La maison est mal foutue, le plancher réveillerait un mort). Je ne peux pas lui répondre, cette demande me dépasse. Je m'effondre. Je me retrouve en enfer. Je pleure l'humiliation, la vieillesse, l'incapacité physique. Je me sens terriblement seule. Seule et entourée d'ennemis ! Je passerais l'après-midi à ressasser, ruminer jusqu'à ce que Sand enfin me réveille de mon hypnose* une bonne fois pour toute.

*Hypnose : État de passivité semblable à celui du sommeil, artificiellement provoqué, chez un sujet qui reste en partie conscient, par des manœuvres de suggestion.... État de passivité pendant lequel une personne subit le pouvoir de fascination, d'envoûtement qu'exerce sur elle un être ou une chose.

 

Une nouvelle énergie circulera. J'échangerais avec Hélène en mode rire aux éclats. Elle n'est plus l'ennemie. Elle incarnait le messager du Soi qui me pousse à entrer dans la danse, la compréhension du jeu des alters, des mémoires et du prédateur.

Le soir, j'éliminerais plus qu'habituellement. Je ferais pipi 6 fois au moins entre 21h et le matin. Un 1er pas vers la réconciliation ? Avec quoi ?

 

De nouveau, la souffrance d'être séparé de Ismaël me reprend. Il me manque terriblement. Je souhaite rentrer, le retrouver, m'arrêter de penser. Je pleurerai avec force. Séparément, Eli et Hélène m'aideront à comprendre que je suis habitée par un alter en souffrance. Tout au long de la journée, cette part de moi qui se sent coupable prendra possession de mes pensées, de mes émotions. C'est irréel tellement la douleur est forte. La connaissance Léo et ma venue ici me semblent être une illusion de plus.

 

Répétition de la prochaine conférence prévue sur les esprits de la nature. 1er jour de règle. Je suis énervée. J'ai froid. L'énergie ne circule pas. L'après-midi fût agaçante, trop de rires, de prises de paroles intempestives, de prédation bonne enfant ? Une colère latente gronde en moi. L'image d'Hélène revient en boucle. Est ce ma colère ou est ce sa colère que je sens ? Si je me réfère à mon esprit, je n'ai aucune raison de l'être pourtant. Le soir, nous nous évitons. Malaise.

 

Ce matin, je me lève tôt (incroyable!), 7h30 et je vais me balader. La colère contre Hélène est toujours vivace et sans fondement. J'essaie d'oublier ce ressenti en vain. Je rentre, Hélène descend me raconte la colère qu'elle a traversé à mon égard et m'explique le jeu de mon prédateur. Depuis mon emménagement, je nettoie, change de place des denrées alimentaires et des ustensiles de cuisine. Mon prédateur apprivoise le territoire et se fond dans l'intimité de l'autre à sa façon. Hélène m'informe que mes actions de la semaine ont été perçus comme intrusives par son prédateur. Je rejette ses propos que je considère comme une mise en accusation. Identification. La méfiance et la vulnérabilité prennent le dessus. Je ne veux pas porter cette responsabilité. Je me révolte et je pleure. Toute la journée, je ruminerais « C'est elle qui se trompe ! C'est elle qui ne veut pas lâcher du territoire, SES choses, SON contrôle ! ». Je visite encore une fois la haine et la méfiance du prédateur complètement prise dans son point de vue.

 

La dualité de nouveau qui m'oppose à l'autre. L'attitude, l'instinct du prédateur qui ne peut faire confiance à l'autre et qui par réaction automatique rejette chez autrui ses propres blessures.

Après la tempête, après la souffrance purulente, face à mes multiples alters SDA, je me souviens du jeu, la plaie se referme. J'entends enfin. Je suis en mode réception.

 

Comment modifier un programme répété, appris, et insufflé pendant tant d'années ? Par une incessante rafale de rappels ! L'En-je me rappelle qui je suis à travers de multiples artefacts. « Si tu veux comprendre, alors regarde avec attention la scène qui se joue et quel rôle tu y tiens, d'abord. Ensuite recommence encore et encore. » Pas de fin à l'apprentissage.

 

Au cours de ces semaines, plusieurs leçons me seront transmises par l'En-je qui aura le groupe comme transmetteur et catalyseur. Transmettre l'information et par la connaissance la décoder. Certains ont été utilisés comme miroir par l'En-je par le biais du prédateur, d'autres ont exercé la fonction de réveil devant mon entêtement à comprendre ce qui se joue réellement derrière les apparences. Manifester avec volonté le nouveau monde avec des règles différentes. Accepter de lâcher l'ancien.

Le plus souvent, lorsque je me sens submergée par le message, je cherche la justesse du messager, et par là je suis rattrapée par l'instinct du prédateur.

L'ambivalence entre les deux extrêmes m'épuise énergétiquement. Je donne par culpabilité ou je refrène par colère ? Encore une vision déformée de ce qui m'a amené ici au sein du groupe. Refuser d'être qui je suis sous toutes ses formes mêmes les plus viles.

Voilà pourquoi cheminer n'est pas facile pour moi car il demande d'accepter sous tous les angles de vues, mes différents visages. Accueillir ces formes-alters et surélever ma perception au-delà du petit soi. Ouvrir la conscience, la confiance. ARRÊTER DE FAIRE SEMBLANT.

 

Devant mes yeux, des miroirs qui exacerbent mes différentes facettes. De la culpabilité découle la dévalorisation qui donne naissance au contrôle, à la colère et à la haine. De quoi ronger et de quoi fragmenter l'entité Layla.

 

« L'homme est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est. La question est de savoir si ce refus ne peut l'amener qu'à la destruction des autres et de lui-même, si toute révolte doit s'achever en justification du meurtre universel, ou si, au contraire, sans prétention à une impossible innocence, elle peut découvrir le principe d'une culpabilité raisonnable. » Camus, L'Homme révolté,1951, p. 22.

 

PSYCHOL., État plus ou moins angoissé et morbide d'une personne qui se sent coupable de quelque chose ; comportement qui en découle et que caractérisent principalement des réactions d'agressivité projetée chez autrui ou dirigée contre soi même dans l'autopunition*, l'auto- accusation* et l'autodestruction*...

 

Complexe de culpabilité. Sentiment de culpabilité hypertrophié au point de devenir morbide, d'envahir et de structurer toute la personnalité du sujet qui perçoit et déforme ses expériences vécues en fonction de fautes imaginaires, et pouvant déterminer la névrose*, la folie*, l'autodestruction*...

 

La culpabilité engendre un refus de m'accepter tel que je suis. Ce rejet de moi-même me pousse à rejeter l'autre et sa liberté d'être. Je me sens si sale que je ne suis pas digne d'être dans la sphère de quiconque. Je me coupe de l'énergie libre. Je créé des nœuds. Devant mes yeux se meut l'alter qui agit avec aisance et souplesse. Celui qui lâche plus facilement ses lestes.

Ma réaction première, l'envie d'être l'autre ! Derrière l'envie, la jalousie émerge. La critique inter- minable survient. C'est sans fin. Cet engrenage tant de fois emprunté m'aide dans un éclair de lucidité à voir les motifs de ce dénigrement incessant envers ce miroir : la culpabilité. Début de compréhension. La culpabilité est un poison qui me fait voir le monde sous l'égide du bien et du mal. Et je ne suis jamais assez bien ! Quelle issue puis-je entrevoir dans cette dualité SDS ? Je ne peux accepter l'autre si je ne m'accepte pas moi-même. Principe de base.

 

Rappel : le prédateur me manipule à travers mes failles qui sont l'attachement et la culpabilité.

Je constate qu'il est persévérant. Il ne lâche pas sa proie. Il est fin et se manifeste au travers de la scène la plus banale. Ces scènes ou interactions du quotidien signifient toujours quelque chose à propos de qui je suis dans le sens où cela me donne la possibilité d'apprendre, si je me donne la possibilité d'appuyer sur le off de l'émotionnel (ou pensées du prédateur).

 

Je vis une aventure éprouvante et exaltante !

Layla 

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