Père-fille, le jeu de l'oie des alter - par Galline

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Mon époux arrive du travail et s'avance d'un pas décidé pour réclamer son bisou de la journée à sa fille. Il ne l'a pas vue aujourd'hui, il est parti avant son réveil. Il souhaite - par bienséance et par recherche de confirmation de l'affection qu'elle lui porte - ce qui lui est "du" (à son rang de père)  : son "bonjour", accompagné d'un câlin. Sa réaction à son contact est immédiate. Elle refuse et s'enfuit dans le jardin. Il la poursuit et lui fait une attaque de chatouilles jusqu'à ce qu'elle lui cède un bisou. 

 

Le soir, la scène recommence. Elle est sur le canapé. Il s'approche pour avoir son "bonsoir", accompagné d'un câlin. Elle grogne dès qu'il est à un mètre d'elle, exprimant ainsi son profond mécontentement tel un chien qui se défend, montrant les dents : prêt à attaquer. 

Avant d'aller se coucher, il lui demande pour la troisième fois de la journée si elle consent à lui faire un bisou sur la joue. Elle refuse, prétextant qu'il pique (de sa barbe du jour).  Elle cherche mes bras - comme un enfant en danger - refusant même de le regarder. 

 

Je sens bien la tristesse de mon époux d'être ainsi rejeté. Lui qui ne recherche "que de l'amour". Derrière ce besoin d'affection, son prédateur est à l'œuvre. Sa fille manifeste énergétiquement son refus de cette prise d'énergie. Quelle est l'information à découvrir derrière ce besoin d'affection ? Quel est l'alter de mon époux qui demande à être vu ?

Je décèle qu'à chaque rejet de la part de sa fille, il y a de son côté un besoin de tendresse à assouvir. Il vient vers elle avec une intention... Un ordre de soumission est donné inconsciemment à l'autre, il vient chercher un bisou et l'autre doit s'y plier. 

 

* * *

 

Je remarque que l'intention est une donnée essentielle qui détermine le comportement de son partenaire ou de son environnement. Mon époux en a fait l'expérience lors de ses plongées. Il ne cesse de m'expliquer l'importance de l'intention dans le monde aquatique. Lorsque mon époux part pêcher, il a l'intention de ramener du poisson. Dans ce contexte, il ne voit aucun poisson dans son champ de vision. Il doit les chercher et se cacher pour les surprendre. D'ailleurs il n'hésite pas à me dire, quand il en rapporte un, qu'il a senti que ce poisson s'est laissé tué. En revanche, quand il a avec lui son fusil de chasse mais non l'intention de les chasser - juste de profiter de "la beauté du paysage" -, les poissons viennent vers lui sans crainte. Ils regardent ce qu'il fait, s'approchent et repartent tels des enfants curieux. 

Nous avons tort de croire que seuls les animaux ressentent notre intention. Les êtres humains la ressentent aussi car ils conservent une part animale. Un instinct animal issu de leur expérience en deuxième densité (la densité du règne animal).

L'humain perçoit potentiellement l'intention de l'autre mais la nomme dans son langage intuition.

 

Prenons l'exemple d'Anna (ma fille), elle perçoit l'intention de soumission de son père et son intuition lui transmet l'idée de danger. Seulement parce qu'un de ses alter vit la même situation, celle d'un individu père qui soumet avec autorité son enfant. Cette soumission pour cet alter s'accompagne de violence morale ou physique qui mettent sa vie en danger. Il transmet donc l'information que dans un contexte similaire, il faut fuir pour préserver sa vie. Le don d'intuition de chaque être humain serait en réalité une perception de sa part d'un message d'un de ses alter qui vit une situation semblable émotionnellement mais dont les circonstances qui ont crées ce sentiment peuvent être différentes. 

 

 

J'en déduis ainsi que chacun de nous est connecté avec ses alter en tout instant - qu'il en est conscience ou pas la connexion est là - sans technique ou thérapie spécifique. Une fois la "connexion établie", l'émotion "forte" ressentie, je m'aperçois qu'un faisceau d'indices apparaît. Je suis invitée à jouer au "jeu de l'oie" de la conscience. A chaque dé lancé - à chaque "hasard" de mon quotidien - je peux avancer d'une case dans ma compréhension.

 

 

 

Je suis le jeu de piste de la vie : des évènements, des coïncidences fortuites me donnent des indices sur la vie de cet alter. La situation que je vis est un mime symbolique d'une vie d'un autre moi. Cet alter est présent dans mon ADN. Il est une de mes mémoires génétiques qui s'exprime et prend vie en mon quotidien en attente d'être vue. Les autres sont les acteurs de cette remémorisation pour que je prenne connaissance de cet autre moi. C'est pourquoi des fois je me dis après avoir vécue une situation inattendue avec une autre personne : "que lui prend-t-il d'agir ainsi ? C'est insensé, il ne l'a jamais fait ! Pourquoi m'a t-il traité ainsi ?" Il me vient parfois l'idée : "je ne mérite pas ça !"

Je dois faire attention à la posture de victime qui peut me placer dans un sentiment d'injustice et donc d'auto-contemplation de ma douleur. 

 

Je suis alors en train de l'exprimer pour être consolée de ma peine. Dans ce cas là, je ne vois plus objectivement la situation. Dans le jeu de l'oie je suis à la case prison, je laisse passer un tour. Je suis sous les coups de mon prédateur qui me tient avec "l'émotion de tristesse, de honte ou de culpabilité" *, je ne vois plus le jeu de piste. Le lancé de dé continue (mais sans moi). Le lancé de dé - les évènements ou les douleurs corporelles se précipitent pour que je sorte de mon état d'arrêt et que je reprenne la partie, l'enquête. 

 

Avec cet éclairage, je comprends que l'autre répond juste à mon besoin de mémoire et se comporte de telle manière pour que cela crée un stimuli extérieur qui me fasse réagir de façon disproportionnée / à l'image de la réaction de mon alter. Ce qui explique pourquoi dans certaines circonstances je ne me reconnais pas dans mes réactions. 

 

Avec cette information, j'ai le choix ici et maintenant. J'ai le libre arbitre de reproduire (jusqu'à maintenant le comportement de mon alter) ou d'acter cette connaissance par un nouveau choix. Une liberté de choix que peut-être cet alter n'a pas eu, ce qui explique pourquoi je ressens parfois une impossibilité de me conduire autrement ou de faire un autre choix. Cependant ce n'est pas mon impossibilité mais celle de mon alter en détresse.

Si je crois en cette émotion d'incapacité, je suis prisonnière de ma vie tout comme mon alter. Je m'approprie une posture qui n'est pas la mienne car moi aujourd'hui, j'ai une vision plus large que l'alter auquel je suis connecté. Ce qui explique que j'ai un panel de possibilités que mon alter n'a pas. Me croire en incapacité revient à renier la somme de connaissances effectuées par mon propre cheminement intérieur. Rester dans cette certitude d'être incapable ou en incapacité, revient en réalité à ne pas faire de mise à jour sur mon "disque dur" et à continuer à tourner avec une ancienne version de conscience (la version de mon alter).

 

Précisions : * Cette "prison émotionnelle" est transdimentionnelle. L'émotion que je ressens ici et maintenant est en lien avec celle ressentie par mon alter dans son espace-temps. C'est pour cela qu'elle a tant de force car nous sommes deux à la ressentir : moi et mon alter, et d'une certaine manière on s'encourage mutuellement. Mon autre moi est emprisonné dans cette émotion et m'appelle à l'aide puisque je ressens son message, son désarroi, son émotion, mais si je ne connais pas ce processus je peux être happée et plongée à mon tour dans l'émotion. Nous sommes alors tous les deux prisonniers jusqu'à ce que l'un de nous deux reprennent le jeu de l'oie - sorte de son marasme ou de son comportement - et envoie l'information à l'autre. L'autre ressent une nouvelle émotion, un sentiment d'entrain ou de joie ou de danger (ne fais pas ça), ou de force qui le pousse lui aussi à reprendre le jeu de l'oie à se questionner. La prison est mutuelle tout comme l'avancée. 

 

Moi et mes alter on s'entraide ou on "s'empoisonne" ! Plus je vois mes alter en mode SDS (plus je les intègre et accepte) moins leur "poison-prison" (comportement abus) m'influence. Pour les accepter et les intégrer (sans rejet) je revis des situations similaires émotionnellement. Petit à petit quand je fais des choix SDA différents des choix de ces alter dans des circonstances symboliques similaires, donc je ne reproduis pas un comportement et je leur envoie la possibilité - l'intuition d'une autre manière de faire - ce qui leur donne le libre arbitre dont il ne bénéficiait pas auparavant. Ils ont de nouvelles perspectives de choix devant eux.

 

Je comprends alors pourquoi les textes parlent de la vie comme un quotidien transdimensionnel. C'est une notion encore abstraite mais qui commence à s'éclaircir. Mon environnement est de nature quantique. Il influe selon l'information qu'il reçoit (le temps et l'espace n'existant pas), que cette information provienne de mes compréhensions ou de celle de mes alter. 

 

Je sais cependant une chose : qu'importe l'environnement dans lequel je suis baignée, la connaissance que j'acquiers me permet de faire des choix évolutifs pour moi-même. Je ne peux pas contrôler mon environnement - il me reste des traces de peur de l'inconnu et d'envie de maîtrise / de prédiction pour me préparer ! - je peux appliquer la connaissance acquise. La connaissance protège !

 

* * *

 

Je demande à Anna pourquoi elle rejète ainsi son père ? Elle me répond : "j'ai peur qu'il me regarde dans les yeux." Je lui demande "que va-t-il voir dans tes yeux ?" "Je ne sais pas" me rétorque-t-elle ? J'ajoute alors : "Tu as peur qu'il voit que tu as fait une bêtise ?". "Oui" acquiesce-t-elle. Je lui demande alors "Que se passe-t-il si tu as fait une bêtise ? "Il me tape." me dit-elle. Son père qui est en face fustige. "Ce n'est pas vrai !" tente-t-il de dire. Je le coupe pour laisser parler Anna. 

 

Je comprends que nous ne parlons pas de cet espace-temps ici et maintenant mais de leur relation dans un autre espace-temps. Anna exprime sa relation avec un alter de son père, violent et agressif envers elle dont elle a peur. A l'époque de cet alter, il est possible qu'elle baisse les yeux devant lui en signe de respect. Elle recommence instinctivement et à son insu face à lui ce comportement, car il incarne l'autorité et donc elle ressent émotionnellement le même sentiment qu'au moment où son alter le vit.

 

Nous passons à table. Elle est sur mes genoux, elle joue avec mon téléphone portable. Je lui demande de le poser, elle ne réagit pas. Je répète ma phrase deux fois et me soumet... Je me tais en attente de sa réaction dans l'espoir qu'elle accède à ma demande. Elle est intriguée par la lumière bleue qui se reflète sur la table quand le téléphone est retournée. Son père perd patience et pour la faire réagir tape deux violents coups sur la table. (Le jugement est tombé). Nous sursautons toutes les deux. Anna se met à pleurer - de peur suite à son sursaut ? - "t'es pas gentil !" lui crie-t-elle. Ce qui met son Père dans une plus grande colère. 

 

Ses coups sur la table était une affirmation de son autorité qui est bafouée semble-t-il par la prise de parole et la colère exprimées par sa fille. Je m'attends à ce que la prise d'autorité du Père finisse par une tape sur la tête de l'enfant pour "éradiquer" ce comportement insolent. C'est ce qui est parfois arrivé en de telles circonstances. 

 

Mon époux est d'une grande douceur en "règle générale", on peut alors se poser la question, pourquoi un tel comportement apparement opposé à sa nature actuelle ? C'est parfois le piège en voyant son "attitude étrange" de se dire : "c'est un moment d'égarement. Pardonnons-le. Il est énervé ce jour là ça arrive à tout le monde. Il a eu une dure journée."

Ces pensées sont induites par le prédateur en vue de détourner l'attention de ce faisceau d'indices. Cette "situation étrange" est bien le mime de la vie d'un alter de mon époux. Car dans cette altercation, nous sommes tous semble-t-il des marionnettes articulées reproduisant une scène.

Vu de l'extérieur on se dit : "c'est un raisonnement éducatif d'un autre temps ! Taper pour faire comprendre à un enfant, on sait que c'est inutile." Ce raisonnement est issu d'une conscience élargie. Dans l'instant où il est vécu il ne semble y avoir pour son père aucune autre possibilité d'attitude. Car il est branché à un autre "disque dur", celui de son alter.

Cette réaction est pour lui comme un automatisme face à l'attitude qu'il juge insolente et répréhensible de sa fille. Il vit l'automatisme de son alter qui a une vision plus étroite de l'éducation et ne voit pas d'autre possibilité d'instruction. (Voici un exemple parfait qui montre bien que voir ses alter, c'est sortir de l'automatisme et retrouver son libre-arbitre : sa liberté de choix.)

 

Mon époux justifie son comportement violent par l'adage : "C'est une petite tape. Cela n'a jamais fait de mal à personne. Mon grand père me donnait des coups de pied au cul avec ses sabots en bois. Quand je me plaignais il me disait : "c'est le plus court chemin pour que ça arrive au cerveau." Parfois il se rassurait en devenant sauveur de l'intégrité future de la famille : "si tu ne la corriges pas maintenant, qu'est-ce que ce sera plus tard ! Tu verras ! Laisse faire et à 16 ans elle te crachera dessus." Avec le recul j'ai encore la sensation que c'est une justification d'un autre temps !

 

Je suppose que s'il en parle de ce possible avenir pour notre famille avec autant d'émotion, c'est bien que cette situation de rébellion de sa fille aînée est inscrite dans sa mémoire génétique. C'est sûrement un vécu douloureux d'un de ces alter qui se sentant impuissant et en peur devant le comportement de son enfant devenu adulte, transmet l'information. Ainsi mon époux la reçoit comme "attention danger de ne pas respecter l'autorité en place".

 

Il exprime l'autorité donc il se sent en danger, en peur d'être renié, quand il m'exprime cette peur. Il m'exprime sans en avoir conscience la peur de son alter et sa douleur. La réalité qu'il vit, celle d'une fille de 16 ans qui lui crache dessus. Il a perdu l'amour de son enfant en raison de son comportement violent. Et quand il cherche des bisous et des bonjours auprès de sa fille, elle le repousse. Il est bien dans la mémoire de cet alter qui en raison de son comportement, est repoussé par sa progéniture. Il demande de l'amour qu'il n'obtient pas et donc force, exige son "du" de tendresse.

Mon époux est alors automate du même comportement quand il demande de l'amour qu'il n'obtient pas il force, exige son "dû" de tendresse. Il est dans une intention d'obtenir ce qu'il souhaite quand il s'approche de sa fille. Sa fille ayant elle-même l'information de son alter, "reçoit le message danger" et le repousse.

 

Cependant quand je regarde ce jeu de l'oie, je vois bien que mon époux raisonne à son insu sur un disque dur "ancien", celui de son alter. Or, il a aujourd'hui une vision plus élargie de l'éducation. Il convient pour sortir de cette boucle de répétition de mettre à jour son disque dur, ses pensées, et de s'apercevoir que "l'adolescente rebelle dangereuse", cela n'est pas SA peur ou sa réalité mais celle d'un autre "lui". Ainsi il peut sortir de l'émotion et mettre à distance l'information pour la comprendre et faire un choix libre d'éducation en connaissance de cause (en lien avec la connaissance sur les enfants qu'il a acquise aujourd'hui. Par exemple être patient, laisser la parole à l'enfant...)

 

Quand je lui ai demandé : "qu'est ce que ça change dans ta vie de faire ces reconnexions avec tes alter ?" Il m'a répondu : "je ne peux pas parler de bien-être, ce serait inapproprié mais je me sens plus détaché. Je ne me sens plus autant impliqué qu'avant." J'ai pensé au fond de moi, il est en train de vivre la situation dont parle les textes, la posture d'observateur : la voir, la vivre tout en étant à "distance".

 

Peut-être une situation similaire va se reproduire dans notre quotidien. Mon époux se sentira peut-être encore renié, mais il sait maintenant être détaché de cette émotion. Quand il la percevra, il ressentira son envie d'automatisme (être violent et autoritaire) il saura que cela doit être pris en compte (accepté et reconnu), mais il aura le choix entre reproduire cet automatisme ou inventer une autre possibilité (devenir créateur de son existence).

 

Son détachement lui permettra peut-être de remplacer l'automatisme par une volonté de compréhension et d'observation (s'ouvrir à l'inconnu). Il pourra peut-être lui demander : "tu refuses de le faire, tu as le droit. Tu peux m'expliquer pourquoi que je comprenne ?" Selon le déroulé de cet échange il ressentira une émotion, information qu'il transmettra à son alter. Ce qui permettra à son alter, de père autoritaire, d'envisager la possibilité d'un autre choix. L'information sera reçue par l'alter comme une idée, intuition qu'il n'avait encore jamais eu ! Il s'opère pour lui une ouverture de conscience vers l'existence d'une autre forme d'échange avec sa progéniture. De ses choix découleront des émotions qui seront à leur tour transmis à mon époux, un échange d'apprentissage. C'est pourquoi nous avons parfois l'impression q'une situation a besoin de temps pour "disparaître".

 

Un soir Anna est dans mes bras, j'informe son père que nous allons nous coucher. Il lui fait de loin un bisou. Elle lui répond de loin avec un bisou. Je demande alors à mon époux s'il avait l'intention d'avoir un bisou de sa fille quand il lui a envoyé son bisou de bonne nuit (selon l'idée de réciprocité : je te montre ce que je veux que tu fasses pour moi). Il me répondit que non il l'a fait de manière automatique sans intention. Le mot automatique me fait penser à un comportement de son alter. Son alter aurait-il expérimenté une preuve d'amour à distance sans attente ? Le résultat aurait-il été une émotion d'un homme "bienheureux" transmise alors à mon époux qui le vit à son tour ?

 

Merci à ma fille et à mon époux de ce jeu d'apprentissage.

Merci à tous de votre lecture. 

 

Galline (inscrite au cénacle dépt. 83)

 

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