Surendettement et Providence - par Frédéric D

Bonjour à tous,

 

Voici en partage, une expérience de surendettement. Comme le sujet est occulté par les médias, beaucoup de fausses idées et de peurs irrationnelles tournent autour du monstre « faillite ». Nous verrons qu'il en est tout autre.

 

       Fin 2008, après un divorce compliqué, une maison commune achetée début 2008 et vendue à perte (-50.000 euros) en 2009 suite à la crise mondiale des « subprimes », je me retrouve à prendre un meublé seul, tout en continuant à devoir honorer pendant un an le crédit commun d'une maison habitée par mon ex et les enfants, le loyer dudit meublé et un panel de crédits travaux, voiture et de consommation. Rapidement, je n'arrive plus à faire face à tous ces frais, ayant à l'époque un salaire de 1400 euros. 

 

       Chaque mois qui passe, pour joindre les 2 bouts je creuse un peu plus mes dettes en ré-empruntant à chaque fois 300 euros  par le biais de comptes revolving. La situation n'est plus tenable, et la seule solution serait de faire un rachat de crédit, mais étant divorcé et déjà lourdement endetté, je ne suis pas sûr de présenter les garanties suffisantes pour les banques. De plus cela me conduirait pour 15 ans minimum à partager tout mon salaire entre mon bailleur et les banques, me laissant à peine de quoi manger.

 

       Comme en plus, au boulot, je m'ennuie copieusement dans une ambiance stressante, compétitive et assez peu humaine, je m'interroge ? 15 ans à ce rythme là et dans ces conditions me conduiront à coup sûr au cancer, à la dépression, sans compter la négation de moi-même. Et puis objectivement je ne vois pas pourquoi je devrais honorer les 50.000 euros de perte liés aux défaillances bancaires du tsunami subprime.

 

       C'est alors qu'un épisode curieux se produit, un matin alors que je m'installe à mon poste de travail, je me vois (ce n'est pas mon conscient qui agit) commencer à rassembler mes affaires, jeter ce qui ne servira plus, faire le tri et classer les dossiers urgents, pour laisser à mes collègues une suite propre. Prenant conscience de ce qui se passe, je me dis que si mon inconscient à décidé cela, je n'ai plus qu'à coopérer avec cette décision. Dès lors, je me lève, prends mes affaires personnelles, tous les cours théoriques que j'avais gardés relativement à ce poste et dis à mes collègues : « je m'en vais ». Interloqués, ces derniers ne comprennent pas immédiatement le sens de mes propos et croient que je pars pour la journée. Lorsqu'ils réalisent ce qui se passe, ils ne peuvent croire qu'une telle chose soit possible. Quitter un emploi par les temps qui courent !!!!

 

       Une fois sorti, à la première poubelle que je croise, sont confiés tous mes documents de cours et support théorique de mon poste. J'en concevrai un sentiment de libération extrême, presque extatique, dont je garde encore aujourd'hui un souvenir émerveillé. Je courre partager ensuite cette joie à une amie, avec qui nous avions le projet de partir sur les chemins de St Jacques. Puisque désormais je suis libre, nous partirons donc la semaine prochaine.

 

       Nous voilà donc, partant du village d'Aumont Aubrac où nous cheminerons à pied lors d'un merveilleux périple de 15 jours, emplis d'un sentiment de liberté rare, jusqu'à Rocamadour, objectif de notre marche. A l'étape finale de Rocamadour, nous serons témoins d'un étrange phénomène partagé par 4 personnes (mon amie, 2 pèlerins et moi). Dans la chapelle dédiée à la Vierge noire, où nous nous apprêtons à suivre la messe (je ne suis pas fan, mais cela fait partie du pèlerinage et puis il y a la Vierge noire qui m'intrigue beaucoup !!!), une dame prépare l'Autel. Je remarque qu'elle insère une clé pour ouvrir le tabernacle et qu'au bout de cette clé pend une chaîne. Or, phénomène étrange, que je fais constater à mes amis, cette chaîne, défiant toute logique, se met à osciller de manière constante et régulière. Je me dis que ce doit être un phénomène radiesthésiste de type « pendule », étonnant, mais au final explicable dans ce haut lieu tellurique. Sauf que, cette chaîne s'arrête au moment précis où le prêtre commence sa messe !!!

Et qu'elle reprendra son mouvement au moment précis où il la termine !!! Là, cela ne devient plus explicable par le tellurisme. J'en déduis que la force qui anime cette chaîne, s'efface devant le prêtre sûrement par respect ? Mystère !!! Pourtant l'explication du symbolisme de cette clé me sera donnée 1 mois plus tard.

 

        Le lendemain, avec mon amie, nous rentrons à Tours où nous habitons tous les 2. Mais à peine rentré, je suis pris d'un « appel » pour continuer ce chemin. Mon amie ayant des obligations, c'est donc seul que je repars  pour Rocamadour dans l'objectif de me rendre à St Jaques. Dans le train qui m'y conduit, lors d'un passage d'aiguillage un peu sec, une imposante valise tombe du compartiment à bagage situé en face de moi et m'effleure le genou. Bigre, à 2 cms près, c'en était fini du pèlerinage et des cadeaux qu'il me réservait. Fait étrange, c'est la première fois que cela arrive alors que je prends le train très souvent !!!

 

 

       C'est donc de Rocamadour que je repartirai le lendemain pour un chemin qui m'emmènera jusqu'à Burgos en Espagne. Entre-temps, 2 faits sont intervenus. Mon amie de Tours m'a trouvé un boulot dans un magasin bio. Conjointement, sur le chemin, par une série de coïncidences plus qu'improbables, je rencontre un hospitalier Toulousain bénévole du monastère où j'ai trouvé refuge pour la nuit. Il me parle d'un projet en vallée d'Aspe sur la route d'Arles, dont il a rencontré le promoteur il y a 2 jours !!!! Cheminant sur la route du Puy, si je n'avais rencontré cet hospitalier, jamais je n'aurai eu vent de ce projet situé sur une autre route jacquaire.

 

 

 

       Arrivé à Burgos, je décide d'interrompre le chemin, car pour le boulot de Tours, il y a urgence à rencontrer l'employeur, et puis je suis curieux aussi de voir ce fameux projet en vallée d'Aspe. Très vite, je me rends compte que le boulot à Tours ne solutionnera pas ma situation. Par contre, rdv est pris pour me rendre en vallée d'Aspe pour rencontrer un moine, présidant d'une association, qui vient de racheter un ancien monastère dans le but d'en faire un lieu de vie pour pèlerin, touriste, et retraitant. C'est un personnage hautement sympathique que j'y découvrirai, avec un vrai charisme d'accueil. Son projet est chouette, nous nous accordons plutôt bien et il me propose la mission de prendre en charge tout le côté pratique du projet (accueil, restauration, hôtellerie). La chose est entendue, je serai donc bénévole dans un projet qui fait sens, au cœur d'une magnifique région. Même si je n'ai aucune formation en cuisine, dans ce lieu, l'inspiration me sera toujours donnée de préparer ce qu'il faut et dans l'exacte quantité, ce que aujourd'hui encore je ne peux expliquer rationnellement.

 

       Et c'est là que l'épisode de la clé me devient compréhensible. En effet, la clé symbolisait le fait que la clé de mes problèmes résidait dans le fait de continuer ce chemin. Mais je ne pouvais imaginer que ce signe donné dans la chapelle de la Vierge noire à Rocamadour était précis au point de me conduire à être bénévole dans un ancien monastère dédié à …... la Vierge noire !!!!

La guidance a merveilleusement joué son rôle !!!! Ne me reste plus qu'à rentrer une dernière fois à Tours pour liquider affaires et appartement. Au final, c'est avec 2 valises et un sac à dos pour tout bagage que j'entamerai cette nouvelle vie.

 

       Installation faite en vallée d'Aspe, je téléphone à la banque de France pour recevoir un dossier de surendettement. Aussitôt reçu, je m'empresse de le retourner muni des pièces requises. Un mois plus tard, un moratoire de 2 ans est décidée par la commission. Ce qui veut dire que tous mes crédits sont gelés, ils ne produiront aucune charge d'intérêt et les créanciers ne peuvent mener aucune action contre moi. A l'issue de ces 2 ans, rien ne se passe, plus de nouvelles des créanciers hormis quelques lettres de rappel sans suite concrète. La vie continue et m'amène un an plus tard à Rennes les Bains pour une nouvelle étape, après celle très riche de la vallée d'Aspe. 

 

       Toujours au minimum social, je dépose un second dossier dans l'espoir de voir cette fois l'effacement des dettes prononcés. Mais bizarrement, le dossier qui était parfaitement recevable à Pau, ne le devient plus à Carcassonne. Je commets l'erreur de faire appel de cette décision, ce qui a pour effet de permettre à un créancier, le crédit agricole, d'obtenir une décision de justice qui bloquera définitivement l'effacement des dettes. Lors de l'appel, je n'ai ni été convoqué, ni été amené à m'expliquer. Tout s'est fait entre banques. Tant pis pour moi, je n'aurai pas dû faire appel,  j'aurais dû m'en remettre à l'Esprit et faire confiance.

Après 8 mois à Rennes les Bains, je pars vivre avec mon amie près de Bordeaux. Ma situation n'ayant toujours pas changé, je dépose un nouveau dossier auprès de la banque de France de Bordeaux. Et là, oh surprise, l'effacement total est proposé par la commission. Hélas, le crédit agricole, au travers de ses filiales sofinco et finaref, bloquera la procédure grâce à la décision de justice obtenue à Carcassonne. Par contre, tous les autres créanciers, ayant compris l'irréversibilité de ma situation abandonnent. J'aurai même la joie de rencontrer quelques réactions humaines chez certains, la Diac notamment. Cela fait toujours plaisir, rien n'est jamais totalement sombre !!!

 

       L'irréductible crédit agricole me met alors au tribunal pour obtenir une injonction de payer, laquelle ouvrirait droit aux huissiers de venir réclamer remboursement. Etonnament, c'est pour le plus petit crédit qu'elle me poursuit, à peine mille euros, alors que j'en ai 3 autres de 3 à 9000 euros. Aurait-elle des doutes sur la régularité de ses crédits ?

Confiant en la providence et fidèle à cette maxime chère au moine avec qui j'avais travaillé : « Tant que vous demeurez agneau au milieu des loups, vous êtes protégé par l'Agneau », je décide de ne pas me défendre. Tout au plus, j'envoie au juge chargé de l'affaire une courte lettre expliquant brièvement ma situation. J'y ajoute que selon moi, les banques ont une lourde responsabilité dans l'appauvrissement de la nation France et qu'en confisquant l'énergie argent à leur profit exclusif, c'est toute la société qui s'en trouve bloqué. 

 

      La bonne surprise m'arrivera 6 mois plus tard via un jugement m'exonérant totalement du remboursement du prêt. En effet, Madame le juge qui connaît bien la loi, a décelé que le prêt ne répond pas aux dispositions de la loi du 1er août 2003. L'offre préalable, devait en application des articles L.311-13 et L.311-15 contenir un bordereau détachable de rétractation, et ce n'était pas le cas. Le prêt est donc caduque.

Tout s'éclaire, je comprends alors pourquoi la banque a choisi de porter le plus petit prêt au tribunal. Parce que tout simplement, les autres prêts ne respectent pas davantage la loi, et qu'elle ne voulait prendre le risque de les voir annuler. Et c'est ainsi, que depuis cette date de 2015, un dossier de surendettement non effacé, se trouve de facto effacé. La banque sait que je sais que leurs crédits sont caduques, elle ne peut donc plus intenter d'action en justice et ne le fera d'ailleurs plus. Fin de l'histoire. Ou comment, le jeu humain peut être court-circuité par le « miracle » dès lors que l'on cesse la lutte, que l'on confie la situation à plus grand que soi et, que dans la conscience de notre pleine responsabilité dans ce jeu, la paix demeure dans notre esprit, quels que soient les événements extérieurs.

 

       Les enseignements à tirer de tout cela sont, que contrairement à l'image entretenu par les instances officielles :

 

- On ne devient pas forcément sdf parce qu'on perd boulot et maison. 

- On ne voit pas des hordes d'huissier débarquer parce qu'on a des crédits impayés (je n'en ai jamais vu un seul en 5 ans de procédure), par contre des courriers menaçants oui, et beaucoup, mais toujours sans suite concrète, si l'on ne possède rien.

- La vie a toujours une solution pour peu que l'on s'en remette à elle et à sa guidance, que l'on passe à l'action et que l'on ne cède pas à la panique.

- Les banques sont d'excellentes enseignantes, le prédateur devient enseignant : elles m'ont appris à me contenter de peu, m'ont aidé dans le chemin du détachement, ont accéléré ma transition vers le régime paléo et le jeûne (surtout en fin de mois !!!) et surtout elles m'ont aidé à expérimenter qu'il y a non seulement un salut en dehors du « métro, boulot, dodo », mais également un potentiel de riches expériences de vie.

- Le seul bémol, un fichage pour 8 ans et interdiction de chéquier, ce qui m'a posé quelques problèmes (non insumontables) lorsqu'il s'est agi de louer un appartement.

 

 

Pour terminer, il est évident que je n'ai pu vivre ce dénouement heureux que parce qu'à aucun moment je n'ai été dans le côté colère, haine ou ressentiment. Bien conscient que j'étais créateur de toute cette mise en scène, je n'ai cherché qu'à en tirer enseignement.

 

Mon « ennemi » banque devenant alors mon plus grand maître.

Gratitude lui soit ici rendu.

 

Frédéric D

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Commentaires : 1
  • #1

    Armelle (mercredi, 20 septembre 2017 18:35)

    Message ô combien rassurant quand nous savons combien d'entre nous s'interrogent sur la manière de vivre sans le tiercé non gagnant "métro, boulot, dodo". Interrogations et peurs qui peuvent nous empêcher de faire le grand saut. C'est exactement mon cas et, même si je ne suis pas encore vraiment prête, je sens que chaque jour qui passe me rapproche de cette libération. Ce sont des témoignages tel que le tien Frédéric qui font que mes petits pas vers "la porte de sortie" deviennent un peu plus grands. Donc merci.....