Je traîne encore - par Muriel S

 

Deux mois après ce qu'il s'est passé avec Léo (« croisement de lignes temporelles »), un après midi on est seuls à la maison, je dois aller faire les courses depuis un moment donc je décide d'y aller... puis je traîne les pieds, toujours un truc à finir, un article à lire, des papiers à ranger... je n'aime pas faire les courses, où que ce soit, en bio ou pas, petite supérette ou gros supermarché ça représente une vraie corvée. Quand j'y vais enfin, c'est « qu'il y a urgence », mais je traîne encore. C'est comme un rituel un peu idiot puisque je finis toujours par y aller.

 

Donc je traîne quand Léo descend de sa chambre et me dit « tu n'es pas encore partie, à chaque fois c'est pareil ! Tu dis que tu y vas et puis tu n'y vas pas ! ».

Je n'aime pas le ton employé et on se fâche. Il remonte, et je m'apprête à le suivre parce que je suis en colère et que je n'ai pas fini de la lui exprimer, et je m'arrête au milieu des escaliers, tout me revient d'un coup. 

 

Depuis 2-3 ans environ, il a l'habitude de me faire ce genre de remarque sur le même ton exaspéré, et presque à chaque fois on se fâche et je finis souvent par me justifier. Toutes les fois où je ne pars pas faire les courses quand je le dis, ou quand on est invités Georges et moi chez des amis, il ne vient pas toujours avec nous, et invariablement il m'appelle sur le portable une fois, deux fois, trois fois parce que j'avais dit qu'on rentrerait à telle heure et que l'heure est dépassée, et il m'en reparle le lendemain avec ce même ton de reproche (jamais à Georges, seulement à moi). 

 

Au mois de mai, je décide de ne plus colorer mes cheveux pour voir si le blanc-gris peut me plaire. Je me colore les cheveux au henné depuis une trentaine d'année, j'en ai 55 et j'ai des cheveux blanc-gris maintenant, et je ne sais pas si ça peut me plaire ou pas donc j'expérimente. Quand les racines ont commencé à s'allonger je lui en ai parlé et j'ai quasiment eu droit à une scène. Je vais faire vieille, ça ne m'ira pas, je vais lui foutre la honte (carrément !). Et c'est là que je vois que inconsciemment je me justifie, parce qu'il ne m'en avait pas parlé, c'est moi qui ai mis le sujet sur le tapis, comme si je souhaitais son accord ou savoir ce qu'il en pensait.

 

Tout me revient, ce que je trouvais mignon au début puis exaspérant à la longue, s'assemble comme des pièces de puzzle et je fais le lien avec la vision du couple que nous formions sur un autre plan. La colère tombe. Depuis ce que j'ai vécu il y a deux mois et que j'avais fini par lui raconter après une longue journée de larmes, et qu'il avait entendu, je n'avais pas osé lui en reparler. J'avais même cru qu'il avait tout occulté, que cette vision au final m'était plus destinée qu'à lui. Et je n'avais pas de raison de la lui rappeler, j'estimais que s'il avait fermé la porte je devais respecter ça.

Mais là, je fais les liens, tout s'assemble. J'arrive donc dans sa chambre et je m'assois face à lui en lui demandant de m'écouter attentivement. Je lui demande s'il se souvient de ce qu'il s'est passé fin août et de ce que je lui avais raconté, il se rappelle de tout. Je lui explique tous les liens que je viens de faire qui sont en connexion directe avec cette vision. Il commence à s'agacer, essaie de faire diversion.

 

Je lui demande alors de regarder tout cela avec un peu de distance. Dans la vision que j'ai eue du couple que nous étions, j'avais perçu une relation « bourreau/victime », le « bourreau » c'était lui, qui faisait des reproches à sa compagne, avait une attitude méprisante, à l'identique de ce que nous vivions simultanément dans la cuisine en tant que mère et ado. 

 

Je lui explique que le but de cette conversation n'est pas de lui reprocher quoique ce soit, mais qu'il observe les comportements qu'il a parfois avec moi qui ne sont que des restes de comportements de cet homme qu'il a été avec cette compagne que j'ai été, qu'aujourd'hui il est temps de regarder ça bien en face sans juger ni culpabiliser, comme il regarderait une scène d'un film qui l'interpelle, que j'ai ma part aussi dans ma façon de me justifier à ses yeux comme je pourrais le faire avec un compagnon ou un mari, sauf que je ne le fais jamais ou très rarement avec Georges.

 

Je conçois que c'est difficile pour lui d'intégrer tout ça, comme il n'est pas facile pour moi d'en parler avec lui, c'est assez bizarre, et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de personnes de notre entourage qui puisse avoir ce genre de discussion entre parent et enfant. Mais voilà, c'est là, comme un cadeau que nous offrent nos âmes, alors autant en profiter pour y voir plus clair et se réajuster !

Ici, maintenant nous sommes dans le rôle parent-enfant, c'est celui que nos âmes ont choisi. Hier ou sur un autre plan, nous avions pris le rôle de couple, mariés ou pas peu importe. Donc la vie, nos âmes nous ont permis de revisiter une séquence du couple passé pour nous permettre de pointer du doigt des comportements qui n'ont plus lieu d'être dans notre vie présente parent-enfant, qu'aujourd'hui il faut qu'il comprenne qu'il y a des choses de ma vie qui ne le concernent pas en tant qu'enfant ou ado, comme il y a des choses de sa vie qui ne me concernent pas et que demain, si je mettais mes « droits de mère » en avant dans une ingérence de ses choix de vie, il pourrait me le rappeler avec justesse à la lumière de nos prises de conscience.

 

Il y a eu un long silence et il a rigolé en me disant « bon ben c'est pas aujourd'hui que tu vas faire les courses... ». En riant je lui ai dit que si, que c'était même le bon moment de le laisser seul avec lui-même pour qu'il réfléchisse à toute notre discussion, que finalement ça aurait été dommage que je parte plus tôt, mais comme le hasard n'existe pas...

 

Je profite de ce témoignage pour dire à Anna que non, ses pensées ne sont pas folles, loin de là, que ses textes me touchent particulièrement, j'ai cru aussi très souvent être « dingue ». Je sais que je ne le suis pas, elle ne l'est pas non plus. Et dire à Galline que je commence toujours la lecture de ses témoignages en étant agacée, pour finir par comprendre que c'est l'effet miroir de ce que ça me renvoie qui m'énerve.

De toute façon quand je lis une question, un témoignage, le visionnage d'une vidéo et que je sens monter de l'agacement, c'est que je dois être attentive, quelque chose est pointé vers moi et la prédation n'aime pas bien sûr, alors c'est très bien.

 

Merci à tous.

 

Muriel S

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