TRANSMUTATION ALCHIMIQUE

 

Cette définition est construite grâce à plusieurs extraits du texte Le chemin alchimique écrit par Pascal N sur son site Transmutatis. Elle entre en complémentarité avec la définition Corps, Âme, Esprit.

 

 

[…] Cette recherche de Connaissance - la " Connaissance d’Or " (aurea apprehensio) - est extrêmement codifiée, présentant l’avantage d’une approche ésotérique de l’homme au sein de l’univers menée de façon expérimentale tant sur le plan mental (maîtrise de soi et de ses énergies) que sur le plan matériel. Car l’alchimiste opératif travaille concrètement des éléments de la matière, les métaux, en corrélation avec les caractéristiques et composantes de la nature humaine, persuadé qu’il existe un même moyen, une même substance, de les perfectionner et de les guérir de leurs aspects viciés respectifs. Il a pour objectif de sublimer les éléments les moins raffinés de la nature et de les rendre plus subtils, au point de les rendre invisibles tout en continuant à exister, permettant à nouveau de leur fournir leur substance matérielle. Autrement dit, il constitue l'art de renaître à soi éternellement.

 

 

Nature de la quête alchimique

 

Dans cette démarche se voulant sacrée en essence comme en substance, la recherche est plus importante que la récompense, puisque la connaissance, autrement dit la conscience de Soi, est la condition préalable à la liberté, qui est le but ultime de la quête alchimique. Si la chimie est incontestablement la science de l'étude des corps naturels et des faits, s’appuyant sur l’expérience (science dite positive), l'alchimie, elle, est la science des causes, tentant de pénétrer le mystérieux dynamisme qui préside à leurs élaboration et transformation dans la Nature, la Materia Prima (la chimie spiritualiste). Remontant du concret à l'abstrait, du positivisme matériel au spiritualisme le plus pur, l'alchimie élargit le champ des connaissances humaines et réalise l'union intime du Principe Créateur et de la Nature, de Ce Qui Est et de Ce Qui y Préside, de la Science et du Divin.

Connue en Occident depuis le XIII° siècle (Cf. en Angleterre avec l'illustre moine Roger Bacon – 1214/1292), son nom vient du latin médiéval alchemia, emprunté à l’arabe el-kimyâ ou al-kimyâ (la chimie de Dieu), qui dériverait du grec hcmia (proche de huma, " fusion "). […]

 

L'art du forgeron de sa vie

Pour forger son épée enchantée, le forgeron de sa vie va prendre le métal, la lame - " l'âme " - et la rendre droite en tapant avec son marteau non sur elle mais sur l'enclume. C'est en effet la vibration de l'enclume - le corps associé à l'esprit -, sa résonance, qui va aligner la lame.

 

Ainsi parfaitement aligné dans son axe, il pourra user de la lame acérée et puissante pour percer afin de voir, - " percevoir " -. C'est cet alignement que symbolisent le vesica piscis (image 3) et les lames Un d'épée et Le Monde dans le jeu du Tarot (images 4 et 5).

C'est de cette manière que Arthur, roi juste parfaitement aligné, parvint à retirer l'épée Excalibur de son rocher ...


 

Mode opératoire

Les étapes

Le mode opératoire alchimique distingue généralement sept étapes réparties en trois Œuvres associées à une couleur : distillation, calcination, putréfaction, dissolution, ces quatre étapes formant l’Œuvre au noir ou nigredo ; puis coagulation, vivification qui forment l’Œuvre au Blanc ou albedo ; puis multiplication ou projection, ultime étape dite Œuvre au rouge ou rubedo.

Toutefois se rajoute à ces trois œuvres une quatrième *, dite Œuvre au jaune ou citrinitas, portant sur la prise de connaissance des archétypes constitutifs de l'inconscient collectif. Elle est l'apport du psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875/1961).

* Le ternaire est un procédé symbolique propre au mode de fonctionnement patriarcal de la Matrice asservissante. Aussi est-il plus juste et plus dans l'ordre naturel que de caler l’œuvre alchimique de transformation intérieure sur le quaternaire propre au féminin sacré (Cf. Symbolisme des nombres (1) Les neuf premiers nombres).

Il va sans dire que la réalisation d’une semblable union dans son intimité dépend du degré de pureté constaté. Le corps spirituel étant le corps causal du corps physique, il faut par épurations successives permettre au corps physique de se dissoudre de plus en plus dans le corps spirituel. Pour ce faire, c’est en regardant au plus profond de soi que l’on reconnaît la Lumière, l’Énergie de vie et la Conscience - le champ de Conscience universelle - qui caractérisent cette dimension spirituelle siégeant en chacun de nous. Sa manifestation est nommée la " Pierre philosophale " ou Fontaine de vie, ce qui signifie l’Énergie universelle, celle qui crée, préserve et transforme toute chose. Elle est toute puissante, omniprésente (en tout temps), omnipénétrante (en tous lieux). Elle ne connaît aucun obstacle. Sa toute-puissance peut transformer un corps physique lourd et limité en un corps spirituel, subtil et puissant. Il s’agit pour l’alchimiste (soit chaque être humain en quête de vérité) de trouver au plus profond de lui-même ce qui est capable de l’animer de l’intérieur, ce qui le relie à lui-même, prenant à ce titre un aspect sacré, religieux (relier vient du latin religare, constitutif comme relegere, " relire ", de l’étymologie du mot religion).

 

De la Pierre philosophale

Les alchimistes médiévaux voyaient dans le liquide biologique qu'est le sperme le " VITRIOL ". Dans son acception courante, vitriol est le nom populaire donné à l'acide sulfurique (H2SO4), agent corrosif puissant, dérivé du soufre. Pour les alchimistes, ce mot se décompose de la façon suivante : Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem soit " Visite l’intérieur de la terre et par des rectifications tu trouveras la pierre cachée (soit la véritable médecine) ". Ils se référaient à la pierre philosophale qu’il nous faut fabriquer à partir de la matière première (semen) dont la nature nous a dotés, c'est-à-dire par la maîtrise éclairée de notre propre énergie sexuelle, maîtrise qui permet de forcer la matière comme la pensée à la dissolution. […]

 

Regarder différemment le Monde

En alchimie, on ne cherche pas l’endroit mais l’envers du Monde apparent, celui des formes, le " démon ". Le Monde illusoire, dans le tarot symbolique, c’est l'arcane 21. Et ce qui est " en vert " est la connaissance des choses cachées. Ainsi le lion vert (ou l’ion vert) de l’alchimie ne désigne pas que l’acide sulfurique, mais aussi le dissolvant universel, le VITRIOL.

21 à l’envers donne 12, la position des jambes de la danseuse du Monde donnant Le Pendu à l’envers. Le Pendu, c’est le Monde illusoire à l’envers, soit le Monde à l'endroit. Ce qui est " en vers " est aussi un corps en décomposition, dévoré et digéré par les vers, soit un corps qui meurt à l'égo, son prédateur. […]

 

Les éléments

Le travail alchimique, opératif comme spirituel, est basé sur les quatre éléments constitutifs de notre dimension de réalité - feu, air, eau, terre - qui découlent de champ éthérique de l'univers, autrement dit la quintessence de Ce Qui Est. Ils se retrouvent dans la " monade ", soit le concept corps-âme-esprit constitutif de l'être humain, ces trois états correspondant à l'univers physique et sa nature d’espace tridimensionnel (longueur, largeur, hauteur), quadridimensionnelle avec le temps * :

1. Le corps est la matière dure, solide, celle du contenant. Il est assimilé à l’espace, qui retient. Sa nature est masculine.

2. L'âme est la matière molle, liquide, celle du contenu. Elle est assimilée au temps, qui s’écoule. Sa nature est féminine, par la vibration qu’elle émet.

3. L’esprit est la matière subtile, gazeuse, éthérique. Il est assimilé à l'éther, la vapeur, la quintessence, qui s’apprécie. Sa nature est double, masculine et féminine.

La trinité Corps–Âme–Esprit est ainsi une matrice espace-temps qui permet à l’Esprit de pouvoir prendre conscience de sa quintessence.

* Cf. Univers en partage.

Le travail alchimique opératif, dans le creuset du laboratoire (labor pour le travail, oratoire pour le caractère sacré de l'atelier) dit athanor, utilise des éléments physiques aux propriétés adéquates de la monade constitutive de l'être humain.

 

 

La dynamique du processus

La formule alchimique solve & coagula contient d’une certaine façon tout le secret du " Grand Œuvre ", soit le processus de la manifestation universelle à partir de deux phases inverses que l’on peut résumer à expansion (l’expir) et contraction (l’aspir), tel le double mouvement du cœur. Pour ce qui concerne le champ d’application propre à notre dimension d’appartenance - la galaxie solaire de La Voie lactée -, ce processus met en œuvre ce qui est dénommé le Ciel (l’invisible) et son pendant matérialisé, densifié, la Terre. C’est pourquoi le terme solve est parfois représenté par un signe qui montre le Ciel, et le terme coagula par un signe qui montre la Terre. Ils s’assimilent ainsi aux actions du courant ascendant et du courant descendant de l’énergie cosmique, en d’autres termes aux actions respectives du Yang - force d’expansion à caractère masculin-, et du Yin - force de contraction à caractère féminin -. […]

Toutefois, le passage de l’état de non-manifestation au manifesté voit la matrice réceptive (la Terre), de source magnétique, être engendrée par le principe fécondant du feu solaire, de nature électrique. La " condensation " ou " coagulation " se présente naturellement en premier lieu. Le Yin, de couleur noire, évoquant la gestation dans les ténèbres, précède le Yang, de couleur blanche, son éclosion à la vie, soit la " dissipation " ou " solution ". Autrement dit, la coagulation porte sur la substance du cosmos, l’énergie primordiale (la matière noire en astrophysique), qui retourne par dissipation à l’essence du cosmos, enrichie de l’expérience. […]

 

 

Les Œuvres

 

Dans sa conception spirituelle " Aide à la transformation personnelle ", la quête alchimiste autrement dite Allégorie du Grand Art Mental se caractérise par la réalisation successive et progressive de quatre œuvres, associées à une couleur.

 

Œuvre au noir : conscientisation.

Elle s’établit à partir de trois matériaux associés aux trois qualités et dimensions de l’être humain : le Sel pour le corps (cristallisation bonne ou mauvaise de l’énergie dans la matière) ; le Soufre pour l’âme, énergie expansive qui n’est ni différenciée ni orientée (le mouvement du corps dans la matière est source de souffrance, physique comme psychique) ; le Mercure pour l’esprit, source d’information qui va orienter, ordonner et structurer (volatilité du corps par la pensée, une sensation ou un défaut). L’alliance Sel/Soufre donne la matière animée, mais qui est totalement chaotique. C’est le Mercure qui apporte l’ordonnancement de la matière. Indissociablement liés, aucun de ces trois principes ne peut s’exprimer seul.[…]

Il convient d’abord de comprendre ces éléments fondamentaux séparés mais complémentaires, leur combinaison pouvant soit favoriser l’alchimie libératrice, " l’élixir de longue vie ", c’est-à-dire la réunion avec la Source d’origine, soit perpétuer le mal-être, la douleur, la souffrance (le " soufre rance "). […]

Ce travail, cette longue et patiente cuisson du Rebis (le soufre et le mercure) dans l’Athanor (le fourneau ou creuset), est un chemin inconfortable, difficile, laborieux, source de doute et non délimité dans le temps, à l’image de ce que vit le pèlerin parti de la Grand ’place de Bruxelles sur la route de Chartres, puis du Mont Saint-Michel, jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle sinon à l’inaccessible Jérusalem céleste, ou en référence à la traversée du désert du Christ. Parce que la lumière fait constamment pression sur la matière, l'homme est appelé à se transformer en descendant au plus profond de sa propre nature obscure, non encore éclairée, pour y affronter comme Michael son Dragon ou Thésée son Minotaure, soit son instinct encore animal sous contrôle du système prédateur de 4ème dimension*, et le maîtriser. […]

* Comprendre et apprivoiser la prédation.

 

Œuvre au blanc : libération

Après le chaos de la fragmentation de sa caverne enfermante, l'égo-mental, le rassemblement complémentaire (" complet en terre ") des trois matériaux - mercure, soufre et sel - réaligne le corps pour tendre vers sa pureté, en favorisant la fluidité de circulation de l’énergie de vie. C’est la transformation de l'instinct maîtrisé en intelligence, celle qui donne accès aux lois de la Nature. Cette libération se fait dans son propre laboratoire intérieur (au sens propre comme figuré), et surgit à un moment donné, par la prise de conscience, le lâcher-prise de ses résistances mentales ancrées, le non vouloir d’un chemin à tout prix. Il s’agit de ne plus faire résistance, pour la laisser passer.

 

Ainsi la rencontre assumée avec l’ombre du prédateur qui nous manipule et domine doit nous conduire à l’assimiler, sans la juger, en libérant les mémoires enfouies liées à des traumas psycho-émotionnels. Nous intégrons ce qui paraît comme négatif en soi, mais qui l’est en réalité tant qu’il n’a pas pu prendre place et sens dans notre champ de conscience. Intégrer l’ombre requiert une grande force morale et l’abandon de ses préjugés.

La première phase est donc indissociable de la deuxième, dont la couleur blanche est complémentaire, pour atteindre le premier but de l’œuvre alchimique, le " Petit Œuvre ", symbolisé par un métal moins corruptible, l’argent. C’est la phase où l’on fait un travail de différenciation et de purification. Cela correspond à la formation du caractère qui a pour but de canaliser les pulsions instinctives et de sortir des opinions toutes faites. […] En clair, la personne a dépassé le dogmatisme moral ou antimoral, ce qui la rend moins corruptible.[…]

 

Œuvre au jaune : unification

La troisième phase se nomme Citrinitas, l'Oeuvre au jaune. Elle permet de prendre conscience des archétypes qui sont encore dans l’inconscient collectif afin de restituer leur sens profond au conscient. […]

Dans l’inconscient de l’homme et de la femme réside une image collective de la polarité opposée : l’animus pour l’homme et l’anima pour la femme. Ces deux figures désignent ce qui manque au moi pour se vivre comme partie consciente d’une totalité englobante qui est le Soi. C'est l'état d'être androgyne. Le sexe perd alors son pouvoir de fascination* au profit d’aspirations artistiques, intellectuelles ou spirituelles. C’est la même énergie qui se transforme.

* Cf. Conscience et dépassement de la Matrice sexuelle.

 

 

Œuvre au rouge : Guérison

La quatrième phase se nomme Rubedo, l'Oeuvre au rouge. Lorsque le Moi s’est confronté à l'archétype sexuel, surgit alors un autre archétype, ni masculin, ni féminin. C'est l'archétype " lumière ", archétype du surnaturel, de l'au-delà. Ses symboles sont la luminosité et la force. Il révèle des forces ou pouvoirs qui ont une provenance différente des mondes spatio-temporels imaginables. Il est le tremblement et la fascination propre à l’irruption du Sacré. Les images apportent des signes de l'incommensurable : aigles géants, cétacés, volcans, soleils irradiants, apocalypses... toute image suggérant une omnipotence et une omniprésence. A ce stade, l'individu doit affronter le pouvoir en soi. […]

Ce sont des états d'" inflation psychique ", indiquant une extension de la personnalité au-delà des limites individuelles. La seule solution consiste à faire acte d'humilité, à avoir un travail utile qui l'accrochera à la terre (humilité provient du latin humus signifiant terre). Si cette humilité est acquise, et si ces archétypes sont intégrés comme de simples instances au service de la psyché, un mystérieux archétype latent s’active : le Soi. […]

C’est ce qui lui permet de regarder attentivement le coucher du soleil, soit la lumière pénétrant la matière, de continuer son chemin en acceptant ce qui s’y présente de façon apaisée et ouverte, et d’éclairer tous ceux qu’il y croise, sans vanité aucune, en toute humilité, la plus haute des vertus (" Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé " Matthieu XXIII – 1,12). […]

 

Symbolisme alchimique

 

La puissance du symbole est la caractéristique du processus alchimique. Il permet tout naturellement de coder l'enseignement, réservé aux chercheurs " purs " de vérité qui, par un long travail de recherche tant extérieure qu'intérieure, peuvent pénétrer le cœur de l'enseignement et se l'approprier.

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0